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mercredi 17 mai 2017

Ma vie d'artiste Kyogen

Croyez-moi si vous voulez, hier soir, j'étais au Japon.
Il y a six cent cinquante ans.
Autour de 1350.

Et là, vous vous dites que la pauvre Io, bien que gavée de vacances, en a pris un sérieux coup sur la cougourde.

Point!

Hier soir, une amie japonaise m'a invitée à une soirée d'initiation au Kyogen à la maison de la culture du Japon. J'ai sauté sur l'occasion. Le Nô, j'en avais entendu parler, mais le Kyogen, jamais. Alors j'étais fort curieuse et je n'ai pas été déçue.

L'endroit était à peu près vide à 18h30, lorsque nous sommes arrivées. Nous avons commencé par une expo gratuite et fréquentée par exactement trois personnes sur l'oeuvre architecturale de Junzô Sakakura. J'aurais bien aimé esquiver ça, mais la moindre des politesses était tout de même de ne pas commencer par un caprice. Pas si barbant que ça, Sakakura. Intéressant même. Et très connu, semble-t-il. Un disciple de Le Corbusier.



Après avoir pris une mini pause sur des chaises Sakakura (il s'est aussi préoccupé de ce détail),
 nous sommes passées en un éclair du dernier étage au troisième sous-sol de l'endroit avec le sentiment d'être englouties dans les limbes.

Là, un monsieur fort poli nous a accueillies avec les courbettes d'usage, nous expliquant l'essentiel, vérifiant nos billets (5 euros, pas cher pour une heure trente de kyogen) et nous guidant jusqu'à une porte en exactement dix secondes.
Une dame a pris le relais pour nous remettre un mystérieux document sur lequel figurait des syllabes. "Usagi - An no yama kara, kon no yama ae"...
Nous avons pris place sur des gradins, peuplé d'une vingtaine de personnes a majorité européenne, dont certaines à la dégaine bizarre. Le reste était Japonais, à la dégaine normale.
Au centre: une vaste scène étincelante, où attendait un homme, vêtu à la manière traditionnelle, dont je suis infichue de me rappeler le nom.


Dans un silence quasi religieux, il a entrepris de nous expliquer la symbolique de la scène, du pin qui constituait le décor et l'art du Kyogen. Une dame aux cheveux gris traduisait.

En résumé, le Kyogen, c'est le pan comique du Nô et le style a été fixé entre 1300 et 1400. Voilà pourquoi la chanson imprimée sur le fameux papier était en japonais dialectal et présentait sous forme de charade l'existence d'un lapin aux spectateurs." Usagi" veut encore dire lapin aujourd'hui.

Alors, le monsieur a entrepris de nous apprendre à chanter la chanson du lapin.
D'une voix claironnante, moitié psalmodie, moitié mélodie, faisant durer chaque syllabe, il vous a modulé ça de telle sorte que tout le monde est resté scié. Le silence a été total. Mais il a fallu se lancer en répétant de nos voix chevrotantes (et en japonais médiéval) la chanson du lapin.
Ann Nôôô Yaamâââââ Karaaaaa (la voix remonte en virgule aigue), Konnnnn Nôôô Yaaamâââââ Aaaaéé (re-virgule aigue). Et ainsi de suite.
La puissance comique de la chose tenait au choix du vocabulaire qui évoquait l'arrivée trottinante du bestiau oreillu et les onomatopées lapinesques: "Fu! Pu! To."

Le fils du monsieur, quinze ans grand maximum et aussi habillé à l'ancienne, avait rejoint son papa sur la scène et nous a collé la honte en chantant d'une belle voix assurée ce que nous-mêmes, nous essayions de bredouiller.

Ensuite, nous avons été invités à nous déchausser, à revêtir des chaussettes, pour monter sur cette vénérable scène du Nô et nous essayer à la danse du lapin.

C'est effrayant de difficulté.

Tout en chantant d'une voix d'outre-tombe la puissance comique de l'évocation d'un lapin qui surgit de la montagne en se trémoussant et agitant les oreilles, il convient de mimer au petit doigt près. C'est codifié à mort. Interdiction absolue d'improviser quoi que ce soit et, à part quelques saccades, tout va très lentement.

Le danseur tient un éventail fermé dans la main droite, qui prolonge son geste. "Ann Nôôô Yaamâââââ Karaaaaa", il faut glisser doucement et en rythme le pied gauche en oblique vers la gauche tout en chantant et lever lentement le bras droit armé de l'éventail pour évoquer la montagne qu'on voit là-bas. La main gauche, elle, reste collée au corps, poing serré mais pas trop. Et puis le pied droit rejoint le pied gauche. On se retrouve pieds joints. Ensuite, ça part à droite et ça continue jusqu'à "U! Sa! Giii! Jya!!" C'est un lapin.

Le jeu-danse du monsieur était évident et léger comme une plume. Nous derrière, de vrais tonneaux, mais ce n'est pas grave, parce que j'ai découvert un art d'une exigence et d'une grâce insondables. Le pouvoir comique de Kyogen, à mes yeux d'Européenne, en dit long sur le Nô qui lui, n'est pas comique et sur l'immensité du chemin qui reste à parcourir pour les comprendre.

                       Je n'ai trouvé que cette vidéo. Le monsieur d'hier était bien meilleur.

samedi 20 octobre 2012

Malgorzata Paszko, maîtresse des ombres et des lumières



Bientôt la nuit
L'après-midi d'Anna
Entre chien et loup
Le droit chemin
Le petit chemin
Merci Facebook! 

Les bilieux prétendent que c'est un repère d'adolescents illettrés qui s'y échangent des propos creux à longueur de journées. C'est vrai. Les soupçonneux disent que c'est un antre de satires pervers, prêts à toutes les ruses pour parvenir à leurs fins. C'est possible.
J'avoue, j'y vais parfois traîner mes guêtres virtuelles, parce que j'y découvre souvent des artistes qui me plaisent. J'y vais aussi causer et régresser avec des copains qui ne sont ni des obsédés sexuels (enfin, je ne crois pas), ni des adolescents boutonneux au verbe incertain.
J'ai bien le droit, non?

      C'est ainsi que j'ai eu le coup de foudre pour             Malgorzata Paszko,
 une artiste polonaise qui vit en Normandie. *

Ses jeux d'ombres et de lumières me sont allés droit aux yeux,       au coeur... c'est pareil.
Ses oeuvres me transposent illico dans une campagne calme et chatoyante. Tout juste si je n'entends pas le chant des oiseaux.  Et allez-vous en savoir pourquoi, j'ai ça en tête en même temps:

                                         Passez les vingt-cinq premières secondes: ils s'accordent.


Elle expose en ce moment-même à la galerie Koralewski, 92 rue Quincampoix, Paris.

* Merci Alexandre pour cette découverte!

samedi 13 octobre 2012

Envie de saoûleries

N'allez pas croire que je souhaite noyer mon spleen dans la vinasse. Que non!
En fait de vinasse, je m'en suis allée quérir quelques bonnes bouteilles il y a peu à l'avant-foire aux vins de Clichy-sous-Bois, ville connue aussi pour électrocuter les jeunes gens des quartiers.
Ce lieu perdu accueille nuitamment des amateurs avertis et des restaurateurs, qui viennent de Paris et des périphéries chiques pour se ravitailler à bon compte. L'endroit n'est certes pas très bucolique: un chapiteau dressé dans le parking du Leclerc qui, le fameux soir de lancement, est solidement gardé par des vigiles discrets, mais nombreux.
On s'y rend sur invitation et les meilleures bouteilles partent en quelques heures.
J'ai raflé le dernier carton de Gewurz vendanges tardives, et quelques bons Bourgognes que j'ai mis à vieillir.
De là à penser que j'allais tout siffler!!!

Il s'agit d'autre chose.
Je viens de découvrir un festival de musique baroque dont j'ai bien envie de me repaître.
Le 7ème Festival Marin Marais.

C'est à Paris entre le 5 octobre et le 17 novembre, entre le Marais et le XIème arrondissement.
Le programme annonce seize concerts d'auteurs variés, joués par des groupes de grande qualité.
Fontana, Falconiero, Purcell, Byrd...
Le plus extraordinaire, c'est que l'accès aux concerts n'est payant que dans la mesure où une libre participation est demandée au public. Seule l'adhésion à l'association est demandée: royalement dix euros!
Dire que l'entrée au premier concert de rap coûte vingt euros au grand minimum...


Cette saoûlerie baroque s'annonce parfaite.
Surtout en agréable compagnie et pourquoi pas, avec un verre de bon vin.


                                           Tchin! Prost! Cheers! Yamas! Salute! Ziveli!

lundi 24 septembre 2012

Finlandais apocalyptiques

Apocalyptica!

Je suis un peu fiévreuse, en ce moment. Il me faut des berceuses pimentées, mais trop énervées non plus.
Ce groupe étonnant a su trouver le cocktail parfait: la douceur du violoncelle et la violence du Metal.
Tous sont des musiciens classiques, qui ont viré de bord.
Le résultat est terrible!

Sur ce, je vous souhaite bonne écoute et bonne nuit.


jeudi 23 août 2012

Soir de paix

Voilà où plane mon esprit ce soir.

Revenons à l'essentiel.





vendredi 17 août 2012

Restez polis!

Ma banlieue réserve parfois des surprises décapantes.
Ainsi, cette affiche.
Au premier abord, rien que de très normal pour le secteur.
Mais à y regarder de plus près.....


Le halal "Plukon", ça ne s'invente pas.
Et c'est une vraie marque.
Pas une blague.

Si j'étais publicitaire (Dieu me garde d'un job pareil), je ne pourrait m'empêcher de transposer les paroles de l'antique chanson de Richard Anthony "buuuuvons buvons buvons le sirop Typhon..." par
"mannnnnnnngeons mangeons mangeons le poulet Plukon..." et la suite à l'avenant.
Mais ça finirait mal.




mardi 26 juin 2012

Brigitte Engerer est partie

Déjà trois jours qu'elle nous a quittés.
C'était une très grande artiste.


Petite mélodie hongroise de Schubert. Enregistré en direct à Pleyel.



Pour ceux que Chopin ne transportent pas, allez directement à la dixième minute écouter le Nocturne en do dièse mineur posthume. C'est extraordinaire.

dimanche 24 juin 2012

Comment la fauvette m'a emmenée au marché

Ce matin était encore tout gris.
La petite fauvette à tête noire récemment installée dans mon fouillis feuillu a néanmoins entonné sa jolie chansonnette.
Courageuse petite bête...



 Du coup, je me suis secouée et je suis allée au marché.
J'aime bien les marchés: toute cette boustifaille offerte me réjouit les sens et on trouve là un concentré de société  à l'humeur bonhomme.

J'ai la chance de disposer de plusieurs marchés, près de chez moi. L'un est réduit, peuplé de commerçants onctueux qui vendent cher aux petites dames à chien.
L'autre est vaste et plus popu. Les commerçants s'invectivent et engueulent les clients, s'il faut, avec des accents bigarrés: du parigot à la Audiard, de l'arabe, du vietnamien, du portugais... et le client est aussi varié que les reflets sur le plumage d'un canard.
De la gitane, du vieux stal ruminant la belle époque, du bourgeois, du mendigot rom, de l'enfoulardée... D'accord, la marchandise n'est pas toujours de première qualité: il faut être vigilant.
Mais on rigole bien et les prix sont presque deux fois moindres que chez ceuss qu'on un manche à balai dans le derrière.

Ce matin, j'ai eu de la chance, parce qu'en plus, je suis tombée sur un destockeur qui fourguait du vin.
Je ne suis pas experte es pinard, mais celui-là avait l'air correct et le marchand pas trop voyou.

Rien de révolutionnaire: quinze bouteilles en tout, dont deux de Monbazillac 2008 et trois d'un petit négociant bien coté sur le net (Côte du Rhône Jacques Wallut 2005), et puis aussi trois de Saint Emilion 2006, pour quarante euros. Par là-dessus, trois modestes Entre-Deux-Mers, deux mystérieuses Cuvées Réservées de Bordeaux, deux petits Bordeaux à l'air honnête et deux Bergerac.
Une moyenne de 2,60€ la bouteille.
Un risque mesuré.


Accessoirement, j'ai aussi acheté des fruits et des légumes, du poisson et du cumin. Et du pain.


Tout est extra frais. Les fraises du producteur local embaumaient la cuisine et elles étaient tellement bonnes qu'on les auraient crues alcoolisées.

Les gens pensent qu'habiter en Seine-Saint-Denis est une malédiction. Mais il n'ont pas idée de la truculence de tels endroits, ni des prix. Qui, à Paris, pourrait acheter 2kg de petits poivons rouges, 1kg d'aubergines bien fermes, deux artichauts, 1 kg de brugnons et 1kg d'abricots du Gard extras, 1kg de fraises sublimes, 4 citrons non traités, 1,5kg de pommes, 2kg de tomates, 2 concombres, 2 baguettes au levain, 1 sachet de cumin, un carrelet luisant, pour 25 euros?
Le vin, n'en parlons pas, c'est un coup de chance.

Il a tout de même fallu transporter tout ça, charriot cahotant chargé à bloc et carton de vin sous le bras, jusqu'à la voiture. Ça a été une épreuve. Surtout sous la pluie, dans la foule pas pressée.

N'empêche...j'aime les marchés.


vendredi 9 mars 2012

Superbes mémés

Nos journées sont riches d'événements palpitants en ce moment.

La journée de la femme hier. Encore que...moi, cette manière de roucouler à la gloire des femmes une fois par an, à date fixe, ça me rendrait presque misogyne. Dénonçons tout ce qu'il y a à dénoncer tout au long de l'année! Offrons des fleurs ou des gentillesses aux nanas (ou aux mecs) quand ça nous chante et foin de ces réunions forcées.
Si c'est ça, aujourd'hui, c'est la journée internationale de la loutre et personne n'en parle. C'est pourtant une espèce menacée très sympa, la loutre.

Voyez bien que ça ne sert à rien, les journées machin-truc!
Mais je m'emballe...
Avant-hier, autre événement inoubliable: l'Eurovision.
Du lourd l'Eurovision. De l'international bien trafiqué. A tel point que ça peut même devenir intéressant, si l'humeur est à la rigolade.

Il se trouve que le 7 mars, l'Eurovision se prépare déjà un peu partout. En Russie (encore!), ce soir-là, ils ont choisi des représentantes plutôt originales pour le grand soir.

Par chance, ça n'avait pas échappé à mon amie Sladja. J'ai été avertie en avant-première.
Quand j'ai regardé ça, je suis restée interdite.
Les Russes (toujours eux) sont décidément surprenants.

Allez, savourez, savourons tous ce pied de nez magnifique à l'Eurovision pailletée, anglosaxonisée et siliconée! Du coup, le 26 mai prochain, je jetterai un oeil intéressé.

                                 давай !!!!

                                                            

dimanche 26 février 2012

Et si on se noyait?


Non, pas pour de bon. Les temps sont durs, c'est vrai. Mais pas au point de nous jeter tous ensemble dans le canal.

Ce soir, mes souvenirs et mes émotions me ramènent loin en arrière. Au pays des musiques de la Renaissance, si belles.

Les deux premières sont telles qu'on aurait pu les entendre au XVIème siècle.
La troisième est une très belle danse réinterpretée à l'orgue: résultat, des frissons partout.
La quatrième, je ne suis pas bien sûre qu'elle soit de la Renaissance. Elle pourrait, mais elle n'a pas d'âge. C'est une vieille chanson bretonne que tout le monde connaît, tellement bien chantée ici...

Fermons les yeux et noyons-nous.




vendredi 24 février 2012

Un tour chez les Grecs



Acte 1 scène 1
Il y a quelques années, tout juste vingt ans, une guerre éclatait chez nos voisins. La Yougoslavie a volé en éclats sous nos yeux.
Nous avons contemplé ce délitage macabre à l'abri et bien contents d'être du bon côté. Rassurés par la version simplifiée dont la télé voulait bien nous abreuver, nous l'avons bue jusqu'à plus soif.
A se demander si nous n'étions pas en manque d'exécutions publiques, pour contempler avec autant de gourmandise ce malheur si proche.
Quand la guerre a cessé, nous avons tranquillement cessé de frissonner, BHL s'en est retourné jouir de son mariage tout neuf à Saint Paul de Vence et le train-train des certitudes a repris son cours.
Ce qui fut la Yougoslavie a continué doucement à suppurer dans l'indifférence générale. Le spectacle était fini.

Acte 1 scène 2, 3, 4...
Piratages grandioses au large de la Somalie, émeutes de la faim un peu partout où manger ne va pas de soi, crises de violences ahurissantes dans des pays autrefois pacifiques, au Mexique, par exemple ...
Loin tout ça.
Très loin.
Distrayant au moment des infos de 20h, pour accompagner le dîner. Théâtre d'ombres.
Digestion endormie.

Acte 2 scène 1
Voilà que ça recommence près de chez nous. Encore les Balkans. Décidément, ils sont bien remuants ces gens-là.
C'est la Grèce qui fait des siennes, cette fois.
Endettés qu'ils sont. En même temps ma bonne dame, c'est un peu normal. Pensez donc. Ces gens-là sont feignants comme des couleuvres, à dormir tout l'après-midi, pendant que les honnêtes gens travaillent. Et puis permettez-moi de rire. A part l'huile d'olive et le sirtaki, ils n'ont pas grand-chose à vendre. C'est vrai pourtant que les plages sont jolies....


Et les médias en rajoutent une couche en nous expliquant que l'Allemagne qui est bien bonne en a assez de renflouer ce pays de jouisseurs. Ben oui quoi! On la comprend, l'Allemagne! Des gens sérieux, les Allemands, bosseurs, disciplinés, tout.
Bonne commerçante aussi, l'Allemagne: pensez donc, elle vend en 2010 pour 403 millions d'euros d'armes. 223 obusiers et un sous-marin, exactement. Pourtant, la Grèce était déjà endettée jusqu'à l'os à cette époque. Alors?
Aïe, premier grincement.
Si seulement c'était le dernier...

Il se trouve que j'ai des amis très chers en Grèce. Des gens qui ont toujours travaillé dur. Ils payent leurs impôts comme vous et moi.
Ces amis, médecins tous les deux, exerçaient à Londres. Ils ont fait le choix de retourner en Grèce il y a quelques années, parce qu'à Londres, ils ne se sentaient pas chez eux. Je suis allée les voir il y a deux ans. Ils étaient heureux d'être revenus au pays. Déjà, on parlait des grèves et de la pénurie de carburant, mais leur région, l'Epire, n'avait pas été touchée.
Moi, comme à chaque fois, je me laissais porter par leur qualité de vie. Pas de trépidance, pas de RER à affronter tous les matins, salutations dans la rue, réunions d'amis le soir à la fraîche, chant des cloches.



Je notais bien quelques bémols qui couinaient discrètement: beaucoup de grosses voitures, toutes achetées à crédit. Beaucoup de belles maisons toutes neuves. Crédit encore. Je ne me suis pas attardée. C'était leurs affaires.

Hier, mon amie qui ne se plaint jamais m'a écrit. Voilà textuellement ce qu'elle me dit:

"  ...Les magasins ferment les uns après les autres , le chômage est à 22% ( 1.000.000 !!!). Les gens ont commencé a avoir faim, ils ont coupé le chauffage (en Epire, il fait aussi froid que dans l'Est de la France, l'hiver). Je ne vois aucun de ceux qui nous gouvernent prendre leurs responsabilités.








Je t' ai dit que nous n'avons plus de salaire et que nous avons des impôts  affreux à payer? Et malheureusement la vie quotidienne n' a pas baissé du tout.
C'est difficile pour une grande partie de Grecs.  On va voir.  On se trouve dans le centre du cyclone. Où il va nous amener, on va le voir bientôt."
.......

  Voilà plus de 2000 ans, ça n'allait pas non plus. Les gens se trouvaient réduits en esclavage pour dettes. Les Grecs plus aisés et instruits dénonçaient le monopole des nobles sur le pouvoir. Troublant, non?
En réaction à cela naquit la démocratie. 

Attendons la scène 3.













dimanche 29 janvier 2012

Pas si coincé que ça

J'ai souvent entendu penser que les musiciens classiques étaient des espèces de premiers de la classe arrogants. Au mieux, éthérés.
Toujours insupportables, parce qu'on les imagine incapables de penser autrement qu'en notes de musiques et en pirouettes techniques inaccessibles au commun des mortels.  Ce dernier point est d'ailleurs parfaitement exact. Un minimum de dix ans est nécessaire pour maîtriser un instrument de musique à peu près honnêtement et ça impose le respect.

Du musicien classique au chamane, il n'y a pas loin.
Il faut être un peu sorcier pour dompter une bête pareille.
Simple question de style. Tambour et peaux de loutres en Mongolie. Queue de pie et chemise blanche chez nous.

J'aimerais toutefois renverser cette idée bien incrustée, qui veut qu'un classicos ne rigole jamais.
C'est sûr que le gars qui vogue en plein nocturne de Chopin n'a pas spécialement envie se taper sur les cuisses. De toute façon, il ne peut pas: ses mains sont occupées ailleurs.
Mais sinon, le musicien classique est un homme (ou une femme) comme tout le monde.
Il lui arrive même d'avoir de l'humour et de se payer la fiole des gros goujats qui font subir au monde la sonnerie entêtante de leur téléphone mobile.

Avouez que vous avez déjà eu envie de fouler plus bas que terre le fâcheux qui vous balançait en plein dans les zozores la version démembrée de la marche turque de Mozart. Non?
Si.
Vous voyez?

Et bien c'est un violoniste classique de la plus pure espèce qui l'a fait pour vous.




mercredi 11 janvier 2012

C'est le printemps

Mais si!
Je sais qu'on est en janvier. Peu importe. Moi, je vous dis qu'on est au printemps.

Ce matin, encore à la nuit, je dormais à moitié à un feu rouge pendant que ma voiture ronronnait, rassurante. Il crachinait. Ça s'annonçait moyen.

Soudain, j'ai senti passer un air de printemps.

Sur le coup, je n'ai pas analysé d'où venait cette impression.
Dans un sursaut de vitalité, je me suis mise en mode "primitif". Nez, yeux, oreilles, phéromones, cerveau reptilien en alerte.
Ce sont mes oreilles qui, en quelques secondes, ont élucidé ce que j'ai d'abord pris pour une hallucination.


Deux merles chantaient.








samedi 7 janvier 2012

Noël bis repetita

Noël, c'est ce soir.
Si. Je vous assure.

Les gens d'ici, évidemment, ils sont alignés sur la tradition catho. Même s'ils croient à Dieu comme moi à l'honnêteté des politiciens, c'est comme ça. Ils sont alignés. 25 décembre obligé.

Mais, ils ne sont pas les seuls. Eeeh oui!
Les chrétiens orthodoxes, eux, ils n'ont pas le même calendrier. Du coup, pour eux, Noël, c'est le 7 janvier.
Enfin, ça dépend des orthodoxes, parce que certains se sont alignés sur notre calendrier, sauf pour Pâques qui est à la même date que les autres orthodoxes. Comme les Grecs.
Déjà, là, on sent nettement l'influence byzantine. Le goût des discussions alambiquées et des questionnements poussés.
Enfin bon.  Ça les regarde.
Ils ont bien le droit de s'organiser comme bon leur semble. Vive la liberté!

En tout cas, moi, ce soir, je suis allée voir  ce qui se passait chez les orthodoxes de Bondy.
Je préviens tout de suite que je n'ai fait aucune photo. Ça me gêne de faire des photos dans un lieu de culte. On n'est pas dans un zoo.

Fallait voir d'abord les embouteillages monstres qui bloquaient tout dans le quartier et jusque sur la Nationale 3. C'était amusant.
Ensuite, l'église de Bondy est toute, toute petite. On avait bien essayé de mettre en place un semblant d'organisation, mais les gens s'obstinaient à entrer par la sortie et à sortir par l'entrée. Embouteillages encore.
A l'intérieur, tout le monde se pressait autour des prêtres en costumes sacerdotaux superbement brodés, qui officiaient lentement au milieu de chants à tomber par terre et de vapeurs d'encens.
Au centre, un grand rameau de chêne sec.
Ceux des premiers rangs étaient recueillis et silencieux et les autres, derrière, papotaient joyeusement. C'était terrible!

Et puis les prêtres sont sortis en disant des prières, emmenant avec eux le rameau de chêne. Tout le monde les a suivis, non sans oublier de ramasser la paille qui était répandue au sol. Du coup, les gens se sont très vite trouvés plus ou moins couverts de paille.
Dehors, après d'autres chants et d'autres prières, le rameau de chêne a été enflammé avec d'autres morceaux de bois et ça a fait un grand feu de joie. Un peu comme sur cette image-là:


Et quand les prières ont été finies, alors les danses ont commencé autour du feu, sur une musique sautillante. Tout le monde s'amusait bien. Pendant ce temps-là, les klaxons enragés des automobilistes égarés au milieu de la foule et des voitures de plus en plus bloquées trompettaient jusqu'à nous, mais personne n'y prenait garde. Faut dire qu'en plus du reste, le vin chaud circulait et qu'il réchauffait rudement bien.

Les danses se sont arrêtées. Les gens sont partis. D'autres sont arrivés. La cour de devant était pleine de monde qui discutait en surveillant (mal) les enfants qui s'amusaient beaucoup à jeter de la paille dans le feu.

L'église s'est remplie à nouveau et moi, je suis partie, parce que je me suis rendue compte trop tard qu'elle était devenue inaccessible tellement il y avait de monde.

Jamais vu un soir de Noël à l'église aussi gai.
A défaut des doigts de pieds, ça m'a réchauffé l'âme.

Normal. Le Christ est né ce soir, après tout.






samedi 31 décembre 2011

Désertion

J'émerge.
Depuis un moment, je n'écoute plus la radio, je ne lis plus les journaux et l'ordinateur orne mon capharnaüm de bureau.



C'est simple: j'en ai eu marre. Comme un sorte de saturation générale.
Certains font des indigestions de foie gras. Moi, j'ai saturé aux écrans et aux ondes.
Demain, je crois bien que je vais me payer le luxe de me flanquer au lit très tôt avec un bouquin,

Je le lis en français, ne nous égarons pas

                                                                            un chat ,


et des trucs à grignoter pendant que le monde s'agitera et ça sera le bonheur.

Et puis l'avantage, quand on cesse de prendre garde aux remous du monde, c'est qu'on ouvre les yeux sur d'autres choses.

Je suis allée voir les ballets Moïsseiev avec mes filles.


J'ai goûté à la ballade dans Paris le nez au vent. C'est ainsi que je suis allée avec Boutfil m'acheter des bricoles pour faire des bracelets. Reste à m'y mettre.



Au passage, j'ai croisé quelques graffitis intéressants




et dans le RER, tandis que je descendais l'escalier roulant bien calmement, un gars pressé  nous a dépassés en lugeant à fond entre les deux rampes. Il s'est réceptionné en bas avec la grâce d'un gymnaste. J'ai failli applaudir.

Hier, j'ai récupéré deux amis qui arrivaient de Belgrade. Vingt-cinq heures d'autocar. On prend le métro à la porte de la Villette où les tourniquets débloquaient. Ils sont passés avec un seul ticket. Une fois dans la rame: paf! Contrôle. Du jamais vu et il fallait que ça tombe sur eux, tout perdus dans leur rêve de ville lumière et à moitié endormis.
On a réussi à embobiner la contrôleuse qui pour une fois, était humaine. Ils ont fait semblant de ne pas parler anglais, la contrôleuse ne parlait pas anglais, moi j'ai fait semblant de ne pas les connaître et de parler anglais. J'ai proposé mes augustes services de fausse parisienne vaguement anglophone. Ils ont montré leur passeport et la contrôleuse les a laissé filer. Ça tombait bien, on arrivait juste à Stalingrad (encore des Slaves) où il fallait descendre. Double scoop: on peut donc être contrôlé dans les rames et les contrôleurs peuvent parfois lâcher prise devant de dignes étrangers serbophones. C'est bon à savoir.

Pour finir, lecanasson nous a rejoints et une fois mes hôtes installés dans mon studio parisien



 (que je mets bientôt en location, qu'on se le dise!), nous avons filé chez moi, dans ma banlieue mal famée.

Là, après une journée passée à causer en évoquant bien des souvenirs - lecanasson et moi étions ensemble à l'école primaire, au collège et au lycée - il nous a pris l'idée folle de regarder "l'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux". Vu le pseudo de mon invitée, on n'allait pas s'en tirer comme ça.
Je l'ai enfin raccompagnée dans la nuit noire et hurleventeuse à une heure indue. Elle habite dans l'Essonne et la A86 était fermée. Quelques sangliers plus loin, je la dépose chez elle et au retour, la A86 était encore plus fermée, si bien que je me suis égarée du côté du Perreux vers 1h du matin, seule sous une pluie battante, dans les rues désertes. Les danses slaves de Dvordjak  passaient sur France Musique et ça m'a donné du coeur au ventre. Rendue enfin en terrain connu, du côté du Raincy, j'ai été ralentie par une camionnette qui semblait encore plus perdue que moi au Perreux. Tenez-vous bien, elle était immatriculée en Serbie et juste à ce moment-là, la radio attaquait la danse opus 72 n°2 en mi mineur: celle inspirée du kolo.
Journée marquée sous le signe de la Serbie, décidément.








                   

lundi 19 décembre 2011

Saudade

Madame Cesaria Evora nous a quittés.
Elle avait 70 ans.


Je ne l'oublierai pas. Ni sa voix. Ni ses pieds nus. Ni la musique triste et rythmée de son Cap Vert natal. 


                        ♪.♪♪....... SAUDADE.......♪. ♪♪.♪


lundi 12 décembre 2011

dimanche 27 novembre 2011

Amour amour, merveilleux amour ♡


                                                             C'est-y pas meugnon?

Si c'est pas de l'amour, ça, alors qu'est-ce que c'est? Quand je pense que ce sans-coeur de Descartes considérait les animaux comme des sortes d'objets animés, incapables de ressentir douleur ou sentiments.... Oublions ce fâcheux.

Ecoutons plutôt La Callas, qui nous chante tout ce que l'amour a d'illogique et de magnifique.
Bon d'accord, mes chats n'en sont sûrement pas là, mais dégustons quand même....


Shantel, j'y étais

Je parie qu'ici, personne ne connaît Shantel. Y'a que les fadas dans mon genre... Le dingos de musiques trépidantes, genre roumain ou macédonien, voyez.
Non? Voyez pas?
J'ai pourtant déjà parlé des Ukrainians précédemment, faut suivre.

Shantel, c'est un chanteur-musicien allemand d'origine roumaine. Un gars qui s'inspire de tout ce que les Balkans font de sympa en matière de musique - et il y a de quoi faire -, il vous le tripatouille avec un peu de disco par-ci, un chouia de rock par là, une grosse larme de jazz par dessus et puis surtout, il y met sa touche perso en anglais, en turc, en serbe.... Quelque chose de bien déjanté et de complètement irrésistible. Le gars ne se prend pas du tout au sérieux. Ça vous a un petit côté décalé vraiment savoureux.

Et puis alors, ça bouge.
Cette musique-là, elle fait danser les culs de jatte.
Puisque je vous le dis!
J'y étais!
Ouiiiiii!

Je suis allée l'écouter, Shantel. Hier soir au Bataclan. Je l'ai vu de mes yeux vu et j'ai passé une soirée démente!
C'était plein à craquer de tas de gens très différents. Des vieux bobos. Des papas et des mamans qui avaient amené leur enfants (et les avaient prudemment munis de boules quies). Des types à queue se cheval avec Che Guevara sur le Tee shirt. Des jeunes fous et folles qui avaient l'air de sortir de leur lit. D'autres très habillés. Y'avait même des nanas assez appétissantes, pour les loups en goguette.
En tout cas, tout le monde se marrait bien et se trémoussait dur, tellement c'était pas possible de rester sans bouger, avec cette musique et ces lumières de toutes les couleurs qui vous balayaient dans tous les sens.

La chaleur est vite devenue terrible et les gens ont commencé à balancer leurs frusques. Rigolo.


Le maestro, lui, il est resté impec dans son costard blanc immaculé, à faire des acrobaties, à venir en plein dans son public pour chanter Belle Ciao, à parler aux gens.. et à remettre ça deux fois plus vite. Un crépitement!
A la fin, il a rafraîchi son monde en martelant une caisse claire, sur laquelle un de ses acolyte en nage déversait le contenu de plusieurs bouteilles d'eau. Avec les lumières des projecteurs, visuellement, ça donnait pas mal. Il a fini au champagne: pchiiiiiout sur tout le monde. Et allez!

Tout à la fin de la fin, il a invité les nanas à venir danser sur scène. Certaines étaient très très dévêtues et à l'évidence, il avait une petite blondine dans le collimateur, le bougre! Quelle santé!


J'aurais voulu tout filmer, mais j'ai pas pu. Voilà un échantillon. Le son est atroce, l'image pas terrible... mais l'ambiance rattrape tout.

                                      J'y retournerai!
                                                      ♫♬♫♬♫♬♫♬♫♬♫♬