Mardi matin, 8h30, entrée en scène: mes élèves m'attendent dans la cour avant, les premiers sont rangés sagement, comme d'habitude. Les derniers s'effilochent en rang chiffonné, encore tout absorbés par leurs conciliabules.
Et voilà Yasmine qui s'avance vers moi et qui me sussure de sa voix fluette: "Bonjour maîtresse, regardez ce que j'ai trouvé".
Elle m'ouvre la paume de sa main et je m'attends à y découvrir un oiseau blessé.
Au lieu de ça, je vois un petit sachet transparent rempli d'une chose brunâtre et filandreuse.
J'ai juste le temps de lui faire expliquer qu'elle est tombée nez-à-nez avec sa trouvaille en se penchant dans les toilettes pour refaire son lacet. La chose se trouvant installée sur la tuyauterie basse arrière. Pas question d'ameuter toute la classe lâchée ainsi en vrac au-dehors, encore sous le nez des parents qui nous regardent, de derrière la grille.
Le petit sac de substance brune a été déposé chez la directrice, justement en train de sa battre pour répartir deux classes non-remplacées, dont les maîtres sont malades. Elle a de quoi s'occuper pour la matinée.
Alors, une fois installés dans les règles, j'explique. Les gosses sont surexcités. Ils veulent des détails. Faute de mieux, ils inventent déjà et imaginent des gros bras en train de fondre sur des malfrats, coincés en flag dans les toilettes de l'école. Yasmine est regardée avec des yeux neufs, chargés d'envie.
Elle a trouvé de la drogue!
Gorgés de rêves brutaux, on se met au travail. Proportionnalité, règle de trois, usages subtiles du passé simple. Conjugaison de conquérir...
Ce matin, jeudi, 8h30, entrée en scène quelque peu comateuse. Je tiens une solide crève et la journée promet d'être un peu longue.
Mes élèves m'attendent dans la cour avant. Comme d'habitude, Dragan me salue poliment et me parle de son chat. Drissou me lance un bonjour franc un peu gouailleur. Comme toujours, Robin, Rayane et Enzo traînent en voiture balai et les demoiselles sont attroupées autour d'invitations à un anniversaire.
Yasmine range son enveloppe et s'avance.
"Bonjour maîtresse, regardez ce que j'ai trouvé."
Et sa paume confiante s'ouvre sur le même sachet.
"J'étais assise sur le banc là-bas et comme mon cartable était lourd, j'ai basculé en arrière dans les plantes. C'est comme ça que je l'ai trouvé"
Yasmine aurait-elle un don pour repérer les semailles des dealers?
Pendant les deux récréations, les gosses ont joué à chercher de la drogue. Ils s'amusaient beaucoup. Et puis quoi! Pas de raison que ce soit toujours Yasmine qui trouve!
Notre école est ouverte aux quatre vents. Il a fallu se battre des années pour obtenir que les créneaux arrondis dans le muret qui la sépare de la voie piétonne soient obturés. Le rosier que j'avais planté et qui nous protégeait un peu a été ratiboisé par les jardiniers de la ville. Trop sauvage. Des marginaux alcooliques venaient pisser contre sous le nez des gosses et ils balançaient dans la cour des bouteilles vides et des canettes. La grille est symbolique. D'ailleurs, les parents en retard ne s'encombrent pas de scrupules et passent leurs mouflets par dessus bord pour s'en aller travailler tranquilles.
C'est beau l'ouverture sur le monde.
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jeudi 11 avril 2013
Du shit dans les fleurs
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mercredi 28 novembre 2012
Plomberie, canard fatigué et cours d'Assises
Nos existences sont tissées de fils contrastés. En général, le traintrain ronronne et la pendule fait tic tac. Et puis de temps en temps, tout s'emballe, le coucou sort de la pendule en braillant et le train se prend pour un avion.
C'est aléatoire comme un poème surréaliste.
Je ne sais pas s'il faut m'en réjouir, mais chez moi, le coucou est aphone depuis longtemps à force de s'égosiller et le train a perdu ses freins.
Il se passe toutes sortes de choses tout le temps. C'est devenu un mode de vie.
C'est aussi la raison pour laquelle je viens de sombrer dans une sieste de dimension mexicaine.
Voilà un échantillon.
La série a démarré en mode tuyauterie.
Ma chaudière a rendu l'âme il y a peu. Nous avons eu froid.
Mon évier de cuisine s'est bouché et le tuyau d'évacuation s'est cassé alors que le débouchage avait eu lieu avec succès (le siphon était tapissé de cheveux boueux). Me voilà donc en plein jonglage entre seaux et bassines.

Il y a deux jours, en sortant mes poubelles, je vois un canard en train de dormir sur le paillasson de la porte de mon sous-sol.
Un superbe col-vert qui a claqué du bec et s'est bouffi en me voyant approcher. Je n'avais pourtant que de bonnes intentions.
Je lui ai donc préparé une bassine d'eau propre au cas où il aurait eu envie de faire des ablutions et quelques miettes de pain. Là-dessus, je suis partie faire mes courses.
Au retour, il était toujours là, endormi, le bec dans les plumes.
J'ai voulu voir si tout allait bien et il a encore eu peur. Il s'est réfugié derrière mon vélo et j'ai décidé de le laisser tranquille.
La nuit est tombée et le lendemain, il était parti vivre son destin de canard.
Hier, j'ai reçu une lettre du tribunal de grande instance de Bobigny.
Je suis désignée pour faire partie d'un jury de cours d'Assises.
Voilà quelques temps, on m'avait avertie de ce que j'étais tirée au sort pour être éventuellement désignée. Ça y est. Je suis bonne pour aller voir de près ce qui se passe: deux viols et un assassinat en magasin.
A côté de ça, je tente de louer l'entresol de ma maison, pourtant impeccablement refait en joli petit deux-pièces sur jardin: rien. Choux-blanc complet et je ne comprends pas pourquoi. A croire qu'il n'est pas destiné à ça, sous peine de je ne sais encore quelles péripéties. J'en ai pourtant bien besoin pour payer le chauffagiste, le plombier et je ne sais quoi encore: le couvreur peut-être?
Parce que la canard ne m'a pas donné un radis pour l'hôtel et je ne crois pas que ma présence en cours d'Assises me permette de m'offrir des vacances aux Seychelles.
C'est aléatoire comme un poème surréaliste.
Je ne sais pas s'il faut m'en réjouir, mais chez moi, le coucou est aphone depuis longtemps à force de s'égosiller et le train a perdu ses freins.
Il se passe toutes sortes de choses tout le temps. C'est devenu un mode de vie.
C'est aussi la raison pour laquelle je viens de sombrer dans une sieste de dimension mexicaine.
Voilà un échantillon.
La série a démarré en mode tuyauterie.
Ma chaudière a rendu l'âme il y a peu. Nous avons eu froid.
Mon évier de cuisine s'est bouché et le tuyau d'évacuation s'est cassé alors que le débouchage avait eu lieu avec succès (le siphon était tapissé de cheveux boueux). Me voilà donc en plein jonglage entre seaux et bassines.
Il y a deux jours, en sortant mes poubelles, je vois un canard en train de dormir sur le paillasson de la porte de mon sous-sol.
Un superbe col-vert qui a claqué du bec et s'est bouffi en me voyant approcher. Je n'avais pourtant que de bonnes intentions.
Je lui ai donc préparé une bassine d'eau propre au cas où il aurait eu envie de faire des ablutions et quelques miettes de pain. Là-dessus, je suis partie faire mes courses.
Au retour, il était toujours là, endormi, le bec dans les plumes.
J'ai voulu voir si tout allait bien et il a encore eu peur. Il s'est réfugié derrière mon vélo et j'ai décidé de le laisser tranquille.
La nuit est tombée et le lendemain, il était parti vivre son destin de canard.
Hier, j'ai reçu une lettre du tribunal de grande instance de Bobigny.
Je suis désignée pour faire partie d'un jury de cours d'Assises.
Voilà quelques temps, on m'avait avertie de ce que j'étais tirée au sort pour être éventuellement désignée. Ça y est. Je suis bonne pour aller voir de près ce qui se passe: deux viols et un assassinat en magasin.
A côté de ça, je tente de louer l'entresol de ma maison, pourtant impeccablement refait en joli petit deux-pièces sur jardin: rien. Choux-blanc complet et je ne comprends pas pourquoi. A croire qu'il n'est pas destiné à ça, sous peine de je ne sais encore quelles péripéties. J'en ai pourtant bien besoin pour payer le chauffagiste, le plombier et je ne sais quoi encore: le couvreur peut-être?
Parce que la canard ne m'a pas donné un radis pour l'hôtel et je ne crois pas que ma présence en cours d'Assises me permette de m'offrir des vacances aux Seychelles.
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jeudi 30 août 2012
La main dans le sac, ou plutôt cu rata-n gura
Autant le dire en roumain, puisque c'est de ça qu'il s'agit.
C'est terminé: je vire monolithe intolérant.
Je crache.
Les Tziganes commencent à me croquer la rate.
Bien entendu, je parle des voleurs de poules et de sacs à main.
Pas des valeureux chevaliers de la route, ni des nobles violoneux, ni surtout des belles sorcières qui froufroutent nerveusement des danses lascives. Ceux-là sont nos amis et nous les aimons très fort.
Bien sûr.
Va pour le groupe Taraf des Haïdouks. Et encore... lors de leur dernier concert à Gonesse, le violoniste vedette, Caliu, qui s'est clairement pris la grosse tête a failli planter là tout le monde parce que le réglage des amplis ne le mettait pas assez en valeur. Il a fait la tronche toute la soirée en bâclant son affaire et n'en avait absolument rien à secouer du public. Le Kocani Orkestar était là aussi, heureusement. Visiblement gênés par les gesticulations de l'autre et son mépris pour la salle, ils ont mis les bouchées doubles.
Mais hier, dans le métro, à la station Saint Michel, il n'était pas question de ça, car le public était scruté.
Mes deux filles devaient faire recharger leur carte de transport. Chacune à sa borne, la grande avec moi.
Comme elle en avait terminé la première, nous sommes allées rejoindre la petite qui était à deux pas.
Ils étaient quatre. Tous du peuple-épris-de-liberté-qui-joue-du violon. Maigrichons, autour de quatorze ans et en maraude.
Moi, je n'ai pas vu, parce que tout est allé très vite. Mais ma fille aînée, elle, avait eu le temps de voir celui qui fumait mettre la main dans le sac de sa soeur, occupée discuter avec sa borne.
Fébrilement, nous la questionnons: plus de téléphone portable.
Les quatredieux-de-la route-en costume-de-lumière voyous s'étaient déjà un peu éloignés et comme un seul homme, nous les avons hélés assez fort en nous avançant vers eux. Ma fille cadette était restée en arrière, fourrageant rageusement dans son sac à main.
Ils se sont arrêtés net au lieu de s'enfuir. Etrange.
Le fumeur aux doigts d'anguille (si tant est qu'elles aient des doigts) nous a tendu son sac sans rien dire. Il ne contenait qu'un téléphone mobile. Pas de raison de s'enfuir: on les a dressés à économiser leurs forces, aussi.
Persuadées que l'un des complices avait planqué la pêche du petit gommeux sur lui, nous nous apprêtions à les bloquer tous d'une manière ou d'une autre. Ils étaient plutôt mous et malingres. On pouvait les coincer.
C'est alors que la petite, rouge comme une cerise, nous a dit qu'elle venait de retrouver son téléphone.
Sans notre rendez-vous, on aurait appelé la maréchaussée. Mais le temps pressait et on les a laissés filer. A regret.
Après tout, on aurait pu lui piquer son téléphone. Il aurait vu ce que ça fait.
C'est terminé: je vire monolithe intolérant.
Je crache.
Les Tziganes commencent à me croquer la rate.
Bien entendu, je parle des voleurs de poules et de sacs à main.
Pas des valeureux chevaliers de la route, ni des nobles violoneux, ni surtout des belles sorcières qui froufroutent nerveusement des danses lascives. Ceux-là sont nos amis et nous les aimons très fort.
Bien sûr.
Va pour le groupe Taraf des Haïdouks. Et encore... lors de leur dernier concert à Gonesse, le violoniste vedette, Caliu, qui s'est clairement pris la grosse tête a failli planter là tout le monde parce que le réglage des amplis ne le mettait pas assez en valeur. Il a fait la tronche toute la soirée en bâclant son affaire et n'en avait absolument rien à secouer du public. Le Kocani Orkestar était là aussi, heureusement. Visiblement gênés par les gesticulations de l'autre et son mépris pour la salle, ils ont mis les bouchées doubles.
Mais hier, dans le métro, à la station Saint Michel, il n'était pas question de ça, car le public était scruté.
Mes deux filles devaient faire recharger leur carte de transport. Chacune à sa borne, la grande avec moi.
Comme elle en avait terminé la première, nous sommes allées rejoindre la petite qui était à deux pas.
Ils étaient quatre. Tous du peuple-épris-de-liberté-qui-joue-du violon. Maigrichons, autour de quatorze ans et en maraude.
Moi, je n'ai pas vu, parce que tout est allé très vite. Mais ma fille aînée, elle, avait eu le temps de voir celui qui fumait mettre la main dans le sac de sa soeur, occupée discuter avec sa borne.
Fébrilement, nous la questionnons: plus de téléphone portable.
Les quatre
Ils se sont arrêtés net au lieu de s'enfuir. Etrange.
Le fumeur aux doigts d'anguille (si tant est qu'elles aient des doigts) nous a tendu son sac sans rien dire. Il ne contenait qu'un téléphone mobile. Pas de raison de s'enfuir: on les a dressés à économiser leurs forces, aussi.
Persuadées que l'un des complices avait planqué la pêche du petit gommeux sur lui, nous nous apprêtions à les bloquer tous d'une manière ou d'une autre. Ils étaient plutôt mous et malingres. On pouvait les coincer.
C'est alors que la petite, rouge comme une cerise, nous a dit qu'elle venait de retrouver son téléphone.
Sans notre rendez-vous, on aurait appelé la maréchaussée. Mais le temps pressait et on les a laissés filer. A regret.
Après tout, on aurait pu lui piquer son téléphone. Il aurait vu ce que ça fait.
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jeudi 12 janvier 2012
Je suis une délinquante
On raconte partout que la justice est débordée. On prétend aussi que les magistrats sont écrasés sous des colonnes de dossiers pas ouverts qui menacent effondrement.
Les souris trottinent dans les bureaux fatigués, où les peintures s'écaillent.
Les juges sont désespérés.
En plus, il paraît qu'ils sont mal payés et que dans certains coins, ils se font agresser.
De quoi être admiratif.
Même les profs n'en sont pasencore là.
Chez moi, la justice est particulièrement malmenée. Le parquet de Bobigny est connu pour ses records en tout: agressions, surmenage, retards..et en plus, le palais de justice est vraiment moche. Le gars qui a conçu ce machin a a dû le confondre avec les plans d'une fonderie.
Il est vrai que la Seine-Saint-Denis est un repère de délinquants de tous poils, tous plus indécrottables les uns que les autres.
Et bien ce soir, Mesdames et Messieurs, j'ai l'honneur de vous annoncer que j'en fais partie!
Et pourtant, je ne trafique pas le crak ni la coke. Je n'ai encore jamais volé de voiture pour aller défoncer une devanture de bijoutier. Ni fait tapiner des prostituées.
Alors?
Je suis traquée pour un km/heure d'excès de vitesse sur la A86, en août dernier.
Je m'explique.
Mi août, donc, je roulais paisiblement sur l'autoroute numérotée comme ci-indiqué, où la vitesse était limitée à 90km/h.
Fin août, je reçois un PV, m'informant que j'avais été flashée à 96km/h, que la maréchaussée m'accordait royalement 5km/h de tolérance et donc, que je devais payer séance tenante 44 euros et qu'on allait me retirer des points, pour 1km/h de dépassement pur et dur.
Un peu fumasse quand même, je décide de résister.
Après avoir potassé la procédure sur internet, je réclame la photo. On me l'envoie et bien sûr, le chauffeur est complètement invisible.
J'écris au service concerné, toute fiérote d'annoncer que je n'étais pas au volant. Il a fallu quand même que je m'acquitte de l'amende (majorée à 68 euros, parce que j'avais traîné, avec tout ça), en tant propio du véhicule. Mais au moins, j'échappais au retrait de point. Il va sans dire que leur paperasse m'incitait férocement à dénoncer le conducteur fautif.
Dans mon esprit, j'étais quitte, persuadée qu'à Bobigny, ils avaient d'autres chats à fouetter que de me courir après.
Il faut croire que je suis un gros bonnet, parce qu'ils sont revenus à la charge. On m'annonce le 19 septembre que l'Officier du Ministère Public du Tribunal du Raincy (la sous-Préfecture) va s'occuper de moi. Le tout en termes choisis, dont ce genre d'administration a le secret.
Plus de nouvelle jusqu'à avant-hier.
Je reçois un courrier recommandé avec AR.
Et là, on m'annonce que je suis prévenue d'avoir commis un excès de vitesse (alors qu'ils n'ont aucune preuve de ça), et on me compte en plus 22 euros de frais de procédure.
Par dessus le marché, ils se sont trompés sur mon nom, ces idiots.
Je ne sais pas encore quelle suite donner à cet embrouillaminis, mais ce qui certain, c'est que les juges de Bobigny n'ont rien d'autre à faire que de se préoccuper de moi.
Leurs dossiers qui s'empilent peuvent attendre; les malfrats peuvent courir: je suis là, moi, le caïd de l'Est parisien.
Dorénavant, il faudra me parler poliment.
Les souris trottinent dans les bureaux fatigués, où les peintures s'écaillent.
Les juges sont désespérés.
En plus, il paraît qu'ils sont mal payés et que dans certains coins, ils se font agresser.
| Ceci a VRAIMENT été photographié dans le palais de justice de Bobigny |
De quoi être admiratif.
Même les profs n'en sont pas
Chez moi, la justice est particulièrement malmenée. Le parquet de Bobigny est connu pour ses records en tout: agressions, surmenage, retards..et en plus, le palais de justice est vraiment moche. Le gars qui a conçu ce machin a a dû le confondre avec les plans d'une fonderie.
| Propagande oblige, ils ont mis uniquement des photos potables, sur internet. en vrai, c'est beaucoup moins bien. |
Et bien ce soir, Mesdames et Messieurs, j'ai l'honneur de vous annoncer que j'en fais partie!
Et pourtant, je ne trafique pas le crak ni la coke. Je n'ai encore jamais volé de voiture pour aller défoncer une devanture de bijoutier. Ni fait tapiner des prostituées.
Alors?
Je suis traquée pour un km/heure d'excès de vitesse sur la A86, en août dernier.
Je m'explique.
Mi août, donc, je roulais paisiblement sur l'autoroute numérotée comme ci-indiqué, où la vitesse était limitée à 90km/h.
Fin août, je reçois un PV, m'informant que j'avais été flashée à 96km/h, que la maréchaussée m'accordait royalement 5km/h de tolérance et donc, que je devais payer séance tenante 44 euros et qu'on allait me retirer des points, pour 1km/h de dépassement pur et dur.
Un peu fumasse quand même, je décide de résister.
Après avoir potassé la procédure sur internet, je réclame la photo. On me l'envoie et bien sûr, le chauffeur est complètement invisible.
J'écris au service concerné, toute fiérote d'annoncer que je n'étais pas au volant. Il a fallu quand même que je m'acquitte de l'amende (majorée à 68 euros, parce que j'avais traîné, avec tout ça), en tant propio du véhicule. Mais au moins, j'échappais au retrait de point. Il va sans dire que leur paperasse m'incitait férocement à dénoncer le conducteur fautif.
Dans mon esprit, j'étais quitte, persuadée qu'à Bobigny, ils avaient d'autres chats à fouetter que de me courir après.
Il faut croire que je suis un gros bonnet, parce qu'ils sont revenus à la charge. On m'annonce le 19 septembre que l'Officier du Ministère Public du Tribunal du Raincy (la sous-Préfecture) va s'occuper de moi. Le tout en termes choisis, dont ce genre d'administration a le secret.
Plus de nouvelle jusqu'à avant-hier.
Je reçois un courrier recommandé avec AR.
Et là, on m'annonce que je suis prévenue d'avoir commis un excès de vitesse (alors qu'ils n'ont aucune preuve de ça), et on me compte en plus 22 euros de frais de procédure.
Par dessus le marché, ils se sont trompés sur mon nom, ces idiots.
Je ne sais pas encore quelle suite donner à cet embrouillaminis, mais ce qui certain, c'est que les juges de Bobigny n'ont rien d'autre à faire que de se préoccuper de moi.
Leurs dossiers qui s'empilent peuvent attendre; les malfrats peuvent courir: je suis là, moi, le caïd de l'Est parisien.
Dorénavant, il faudra me parler poliment.
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