Je suis allée le 28 avril dernier au
grand marché d'art contemporain. C'était à la Bastille, au bord du canal de l'Arsenal.
N'allez pas croire que je suis un pilier de ce genre d'endroit. En réalité, j'y vais avec plaisir, mais toujours par hasard.
Là, la mère d'une copine de ma fille exposait et nous avait offert des invitations. Elle s'appelle
Xenia, elle est peintre et fabrique des bijoux délicieux.
"Art contemporain", je m'attendais à quelque chose d'un peu snob, voire de carrément décapant dans le mode "too much", genre la FIAC. A Paris, on peut craindre le pire.
C'était surprenant, mais pas si mal. Il y avait de tout: du très cucul, du très snob, du très rigolo, du coloré à bloc qui vous tartinait les mirettes pour cinq bonnes minutes, du très éthéré gris avec une tache rouge minuscule, du très talentueux aussi.
Les mieux, c'était ceux qui ne se prenaient pas trop au sérieux et qui savaient se servir de leurs mains.
Le gars aux airs pénétrés qui fait une tache dans un carré vide m'ennuie puissamment: on ne parle pas le même langage.
Celui qui sait trouver les veines du bois pour sculpter une forme toute douce et toute gracieuse me fait de l'effet. On se comprend.
J'aime les mains habiles et les yeux qui voient au travers des choses.
C'est ainsi que grâce à Xenia, j'ai découvert
Daniel Castan. Un amoureux de New York en vision mouillée, déformée, distordue. Tout donne une sensation de vitesse et d'écrasement.
L'extraordinaire
Geymann, un de ceux qui m'a le plus séduite: un sculpteur sur bronze et sur bois de toutes sortes d'
animaux plus vivants que nature, sympathiques et stylisés avec génie.
Et puis encore
Karl Hugo Mars. Joli nom...
Un créateur surprenant. Je suis restée scotchée un bon moment devant ses sculptures sur métal et ses lampes. Pendant ce temps-là, une averse monstrueuse déversait sur nous l'eau du ciel.
J'ai bien aimé les fleurs et les villages de
Véronique Mansart.
Après les métaux torturés, le contraste n'en était que plus frappant.
Rien de mieux qu'un bon entrechoquage de styles pour mieux les apprécier tous (sauf les gnagnans-esbrouffeurs).
Et encore
Michèle Noseda, qui fabrique des poissons terribles, rien qu'avec des matériaux de récup: des boutons, des bouts de fil de fer, des ressorts....
Les photos inquiétantes de
Cécile Decorniquet, d'une absolue perfection, sans rien d'évident, réussissent à nous plonger dans un malaise intense. Pourtant, ce sont des photos d'enfants. En principe, on s'attendrit. Pas là.....
Je finirai par
Michel Souvignet, un magnifique tourneur sur bois. Gentil comme tout. Il cherche des bois très purs ou malades, pour mieux jouer ensuite avec les veines colorées provoquées par l'action des bactéries. Pas de pub sur internet: c'est un artisan. Donc pas de biographie.
Reste la photo des bouchons et une autre que j'ai trouvée quand même. Un chef d'oeuvre.
Le seul abordable aussi, à qui j'ai pu acheter quelque chose: des bouchons en bois.