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mardi 25 juillet 2017

Guerre contre l'eczéma: l'arme secrète viendra-t-elle d'Alep?

Depuis que la Syrie subit toutes sortes d'horreurs et de destructions, plus personne n'évoque ses douceurs.
 

 Les monuments millénaires, 
Palmyre, joyau détruit par les rustauds islamistes qui n'aiment pas ce qui est ancien et beau.

la cuisine succulente,
Merveille non encore interdite par ces gros salopards d'extrémistes islamistes, qui aiment bouffer du bon.

 et le savon. 
Savonnerie pas encore pulvérisée par les gros dégueulasses de Daesh, qui n'aiment pas le savon.

Alors le savon justement, je m'y suis intéressée de près il y a peu, parce que depuis mars, un eczéma tenace a envahi une partie de ma personne. C'est nouveau et assez déroutant. Ma peau est devenue curieusement grenue là où il sévit et ça gratte! Même la nuit. Tout le temps. J'ai beau me dire qu'il ne faut pas, que ma peau est déjà écorchée, rien n'y fait: je me gratte.

Je me suis mise à traquer tout ce qui est susceptible d'apaiser la colère du seigneur eczéma. Il s'agit surtout d'éviter le contact avec des produits qui l'excitent: quasiment tous les détergents sont à fuir, les adoucissants, à honnir et si je dois m'épiler les jambes (en été, ça se fait), il me reste la pince idoine. Quant au savon, j'ai intérêt à bien le choisir, sous peine de me réveiller couverte de croûtes sanguinolentes. C'est ignoble.



L'adversité affine la mémoire. De ses tréfonds, un lointain souvenir a émergé: la réputation du savon d'Alep.
J'ai fouiné aussi sec sur internet pour lui donner de la substance et de fait, ce savon-là fait l'unanimité auprès des scrofuleux de tous poils, de allergiques et des mères de nourrissons à la peau tendre. Bonne pioche. Encore fallait-il mettre la main sur du véritable savon d'Alep et pas sur un de ces ersatz hors de prix, susceptibles de gratouiller ce qui me reste de peau saine. A ce stade de mes recherches, j'ai failli baisser les bras. Alep à feu et à sang, j'imaginais mal que des savonneries continuassent à fonctionner dans un pareil maëlstrom.

Et bien si!

Quelques savonneries héroïques continuent à fonctionner, avec toutes les difficultés qu'on imagine, dans le nord de la ville. Il existe même des têtes brûlées qui acheminent ce précieux savon vers les frontières voisines pour qu'il soit commercialisé.
Tous les savonniers ne sont pas restés, loin s'en faut. Beaucoup ont fui et l'un d'entre eux, Monsieur Harastani a atterri en France, à Santeny, où il a recommencé à fabriquer ses savons. Ce sont les mêmes. Avec Monsieur Constantini, ils ont crée la marque Alepia, dont j'ai lu le plus grand bien sur internet. Il existe des forums de fous furieux du savon d'Alep, de ces gens qui comparent les crus de savons comme des vins; et bien même ceux-là chantent les louanges d'Alepia.
Tard dans la nuit, résistant à la gratouille, j'ai pris le risque et acheté deux savons de première qualité à 40% d'huile de baies de laurier*. L'un en direct d'Alep, un de France (pour comparer) et de la lessive à base de savon d'Alep pulvérisé. 
Il faut savoir vivre dangereusement.


 Ils sentent tous les deux très bon. Ils sont également agréables sur la peau et je me suis même lavé les cheveux avec: ils conviennent aussi bien qu'un shampooing. Pour le moment, je ne vois pas la différence entre eux. J'ai juste un respect craintif pour le syrien, parce qu'il vient d'un coin en guerre et que ça fait drôle.

La lessive est extra. Il faut diluer du savon dans l'eau avant de le mettre dans le réservoir de la machine. L'adoucissant désormais, ce sera du vinaigre blanc. J'ai récupéré un linge impec et doux, qui ne puait même pas le vinaigre.

Reste à voir maintenant si mon eczéma cédera à cette nouvelle arme.
Je vous donnerai des nouvelles.


* Onze euros le savon d'environ 200 grammes.Ceux-là sont les plus chers. Il y en a beaucoup d'autres moins riches en huile de baie de laurier et des promotions.

vendredi 14 juillet 2017

Virée gourmande chez Christophe Michalak

Jamais je n'aurais envisagé d'aller faire un stage de pâtisserie où que ce soit. Pour le prix, je préfère aller carrément me taper la cloche quelque-part où c'est vraiment bon avec mes filles, mon mari chéri ou des copines.
Et puis, l'idée de me fader la compagnie de bourgeoises diversement arrogantes et expertes en crème chiboust (ce que je ne suis pas) ne m'enthousiasmait pas du tout.

Sauf qu'il ne faut jamais dire jamais.

Les parents d'élèves m'ont offert une carte cadeau vraiment mimi: un cours de pâtisserie à la masterclass de Christophe Michalak. Ils m'ont bien cernée, les bougres! Voilà où ça mène, de prendre des exemples de boustifaille pour faire comprendre les fractions aux enfants.
C'est ainsi que j'ai rejoint aujourd'hui-même un de ces fameux groupes tant redoutés. Dans la mesure où le prix n'était plus un problème, la curiosité l'a emporté sur la méfiance. Et je n'ai pas été déçue!

Le groupe en question, une dizaine de personnes, n'était pas arrogant du tout, mais plutôt intimidé. Une des dames a d'ailleurs avoué lors du traditionnel tour de table ne rien connaître à la pâtisserie, mais aimer beaucoup manger. Elle accompagnait sa copine et entendait goûter ensuite à ce qui résulterait du cours. Ces sages paroles ont détendu tout le monde.

Nous avons été accueillis ("is", oui, parce qu'il se trouvait tout de même deux messieurs parmi nous) par Alex, pâtissier expert et grand maître de la cérémonie et Nicolas, apprenti pâtissier et débarrasseur de vaisselle sale.
Très sympa, Alex. Très rassurant. Pas du tout le style des cuistots de "Ratatouille".
On nous a gentiment proposé du thé ou du café, offert de l'eau et présenté la séance intitulée: "Variation autour des best of". En trois heures, trois réalisations:

une pavlova vanille fraise,

un biscuit au limoncello

et un kosmik yuzu fruits rouges meringue.

A part peut-être le biscuit, exactement le genre de choses que je n'aurais probablement jamais envisagé de préparer. Je me suis donc disposée à apprendre et j'ai ouvert mes yeux et mes oreilles.

Alex était un parfait pédagogue: clair, organisé et attentif à tous. Tout le monde est venu faire un petit quelque-chose facile. A moi par exemple, il a demandé de touiller des framboises et du sucre sur le feu pour faire une compotée. Fastoche!
D'autres ont été invités à façonner des meringues ou a fabriquer de beaux rubans de crème chantilly. Pas évident, d'ailleurs. C'est là qu'on se rend compte que la pâtisserie, c'est un sacré coup de patte.
Les meringues
Les rubans










C'est aussi une base technique implacable. Alex, il savait au quart de tour à quelle température fondre le chocolat pour ceci, ou comment cuire les blancs d'oeufs pour cela. Moi, j'ai de fiches et de bouquins pour ça. D'accord, c'est son boulot, mais ça impressionne quand même.

Dès qu'une réalisation était terminée, tout le monde se précipitait pour la photographier et ensuite, arrivait le moment tant attendu de la dégustation. Alors là, attention M'sieurs Dames, on ne rigolait plus.
Le délice le plus renversant de tous, c'était de kosmik. Là vraiment, ces quelques bouchées vous transportaient dans une autre dimension. La meringue, on peut s'en passer, mais le reste, ah! Le reste! Une merveille d'équilibre entre l'acidulé de la framboise et le moelleux un peu astringent de la crème yuzu-citron. Et le croustillant de crumble par là-dessus, le tout bien froid: terrible!


La pavlova était intéressante aussi, très légère et parfumée, mais qui nécessite des manipulations de dernière minute pas évidentes à réaliser si on a des invités. C'est typiquement le genre de dessert qu'un chef pâtissier peut réaliser pour une clientèle exigeante, mais je crains fort qu'un tel trésor de délicatesse, si on le garde au frais quelques heures, ne tienne pas ses promesses.



J'aurais toujours appris quelques trucs utiles sur la chantilly et la meringue.




 Quant au biscuit, j'avoue que j'en aurais bien repris une part. Pas exactement le genre qu'on sert d'habitude aux anniversaires des gosses ou aux kermesses, mais j'ai appris qu'avec une base simple et bien menée, on obtenait un dessert léger, parfumé et frais. Je m'en vais exploiter ça.


Le (très bon) gâteau de kermesse des écoles


Le même après un passage chez le pâtissier 


 Par chance, je suis allée faire une cueillette il y a deux jours à la ferme du Logis, dans les Yvelines.
 J'en ai rapporté des masses de fruits.
Ma brouette, là, devant.
Ma brouette chargée à bloc





















J'ATTAQUE DES DEMAIN!










mercredi 17 mai 2017

Ma vie d'artiste Kyogen

Croyez-moi si vous voulez, hier soir, j'étais au Japon.
Il y a six cent cinquante ans.
Autour de 1350.

Et là, vous vous dites que la pauvre Io, bien que gavée de vacances, en a pris un sérieux coup sur la cougourde.

Point!

Hier soir, une amie japonaise m'a invitée à une soirée d'initiation au Kyogen à la maison de la culture du Japon. J'ai sauté sur l'occasion. Le Nô, j'en avais entendu parler, mais le Kyogen, jamais. Alors j'étais fort curieuse et je n'ai pas été déçue.

L'endroit était à peu près vide à 18h30, lorsque nous sommes arrivées. Nous avons commencé par une expo gratuite et fréquentée par exactement trois personnes sur l'oeuvre architecturale de Junzô Sakakura. J'aurais bien aimé esquiver ça, mais la moindre des politesses était tout de même de ne pas commencer par un caprice. Pas si barbant que ça, Sakakura. Intéressant même. Et très connu, semble-t-il. Un disciple de Le Corbusier.



Après avoir pris une mini pause sur des chaises Sakakura (il s'est aussi préoccupé de ce détail),
 nous sommes passées en un éclair du dernier étage au troisième sous-sol de l'endroit avec le sentiment d'être englouties dans les limbes.

Là, un monsieur fort poli nous a accueillies avec les courbettes d'usage, nous expliquant l'essentiel, vérifiant nos billets (5 euros, pas cher pour une heure trente de kyogen) et nous guidant jusqu'à une porte en exactement dix secondes.
Une dame a pris le relais pour nous remettre un mystérieux document sur lequel figurait des syllabes. "Usagi - An no yama kara, kon no yama ae"...
Nous avons pris place sur des gradins, peuplé d'une vingtaine de personnes a majorité européenne, dont certaines à la dégaine bizarre. Le reste était Japonais, à la dégaine normale.
Au centre: une vaste scène étincelante, où attendait un homme, vêtu à la manière traditionnelle, dont je suis infichue de me rappeler le nom.


Dans un silence quasi religieux, il a entrepris de nous expliquer la symbolique de la scène, du pin qui constituait le décor et l'art du Kyogen. Une dame aux cheveux gris traduisait.

En résumé, le Kyogen, c'est le pan comique du Nô et le style a été fixé entre 1300 et 1400. Voilà pourquoi la chanson imprimée sur le fameux papier était en japonais dialectal et présentait sous forme de charade l'existence d'un lapin aux spectateurs." Usagi" veut encore dire lapin aujourd'hui.

Alors, le monsieur a entrepris de nous apprendre à chanter la chanson du lapin.
D'une voix claironnante, moitié psalmodie, moitié mélodie, faisant durer chaque syllabe, il vous a modulé ça de telle sorte que tout le monde est resté scié. Le silence a été total. Mais il a fallu se lancer en répétant de nos voix chevrotantes (et en japonais médiéval) la chanson du lapin.
Ann Nôôô Yaamâââââ Karaaaaa (la voix remonte en virgule aigue), Konnnnn Nôôô Yaaamâââââ Aaaaéé (re-virgule aigue). Et ainsi de suite.
La puissance comique de la chose tenait au choix du vocabulaire qui évoquait l'arrivée trottinante du bestiau oreillu et les onomatopées lapinesques: "Fu! Pu! To."

Le fils du monsieur, quinze ans grand maximum et aussi habillé à l'ancienne, avait rejoint son papa sur la scène et nous a collé la honte en chantant d'une belle voix assurée ce que nous-mêmes, nous essayions de bredouiller.

Ensuite, nous avons été invités à nous déchausser, à revêtir des chaussettes, pour monter sur cette vénérable scène du Nô et nous essayer à la danse du lapin.

C'est effrayant de difficulté.

Tout en chantant d'une voix d'outre-tombe la puissance comique de l'évocation d'un lapin qui surgit de la montagne en se trémoussant et agitant les oreilles, il convient de mimer au petit doigt près. C'est codifié à mort. Interdiction absolue d'improviser quoi que ce soit et, à part quelques saccades, tout va très lentement.

Le danseur tient un éventail fermé dans la main droite, qui prolonge son geste. "Ann Nôôô Yaamâââââ Karaaaaa", il faut glisser doucement et en rythme le pied gauche en oblique vers la gauche tout en chantant et lever lentement le bras droit armé de l'éventail pour évoquer la montagne qu'on voit là-bas. La main gauche, elle, reste collée au corps, poing serré mais pas trop. Et puis le pied droit rejoint le pied gauche. On se retrouve pieds joints. Ensuite, ça part à droite et ça continue jusqu'à "U! Sa! Giii! Jya!!" C'est un lapin.

Le jeu-danse du monsieur était évident et léger comme une plume. Nous derrière, de vrais tonneaux, mais ce n'est pas grave, parce que j'ai découvert un art d'une exigence et d'une grâce insondables. Le pouvoir comique de Kyogen, à mes yeux d'Européenne, en dit long sur le Nô qui lui, n'est pas comique et sur l'immensité du chemin qui reste à parcourir pour les comprendre.

                       Je n'ai trouvé que cette vidéo. Le monsieur d'hier était bien meilleur.

mercredi 6 février 2013

Jury d'assises - Quand c'est fini.

Me voilà définitivement revenue d'entre les juges et les condamnés.
J'ai beau être solide, j'ai mis quelques jours à m'en remettre.
Je m'en vais donc livrer ici quelques conseils de baroudeuse et quelques souvenirs marquants. On ne sait jamais, ça peut vous tomber dessus un jour.

Comment garder la santé?

Pour commencer, j'ai dormi, dormi et dormi encore, d'un sommeil plein de rêves bizarres.

Conclusion: une session d'assises, ça fatigue son juré.
C'est exténuant de rester assis et impavide des heures durant, sans boire, dans un tribunal surchauffé. Avec ça, hors de question de rêvasser: tout, absolument tout doit être entendu et digéré.

Conseil, si ça vous arrive: dormez la nuit, mangez sainement, ayez toujours de l'eau à disposition dans la pièce derrière et faites des génuflexions ou les pieds au mur dès qu'on vous donne l'autorisation de vous débrailler un peu. Eventuellement, prenez des vitamines. 

Comment je suis devenue juge? 

J'ai observé qu'il n'était pas si facile de se détacher de ces vies fracassées qui viennent s'échouer là, sous nos yeux, offertes.
Pendant des journées entières, il nous a fallu TOUT entendre et tâcher de comprendre. Quand je dis "tout", c'est "tout". Les magistrats ne font pas dans l'approximation: ils veulent connaître les plus petits détails et appellent un chat un chat. Le temps est compté.
Alors, quand il s'agit de s'assurer de ce que l'accusé entend par "fellation", "sodomie", "craquement" (d'une côte tranchée au couteau), ils n'y vont pas par quatre chemins.
S'il faut regarder les photos de blessures mortelles, pour entendre clairement ce que vient de détailler le médecin légiste par le menu, on les regarde.
Quand un accusé s'écroule et demande pardon, dans un silence de mort, à la mère de celui qu'il a tué, pas question de s'attendrir. Sincère ou pas, il a tué néanmoins et il faudra le juger sans s'émouvoir. Sur des faits et des certitudes. Or parfois, souvent, c'est impossible d'être tout à fait sûr. La certitude absolue n'existe pas. Il convient alors de s'en approcher au plus près, et c'est comme ça que l'une des délibération a duré jusqu'à minuit passé (d'où l'intérêt des vitamines).

Quand un autre, engoncé dans ses contradictions, tutoie le président du tribunal, s'estime lésé par le dédommagement accordé à une précédente victime et la menace ouvertement de représailles, et se met à invectiver ses victimes présentes en les traitant de "bouches à pipes", surtout ne pas rire. Ne pas sourciller. Difficile de ne pas ensuite considérer celui-là comme une ordure irrécupérable, même si on en a très envie.
Car, quand arrive le moment de décider d'une peine, on tient le sort d'un homme entre nos mains. Et même si cet homme a commis un crime, à ce moment-là, on est face à sa conscience. Bienheureux sont les jurés d'aujourd'hui, qui ne condamnent plus à mort.
Il faut tâter la qualité du silence lorsque vient le temps de dire à quelle peine on pense. Le premier qui se lance est accueilli comme le messie, parce qu'il libère les autres.

Conclusion: lors d'une session d'assises, on touche le fond. On entend des choses terribles. Il est important de se cuirasser, sinon, c'est insoutenable. On n'est pas là pour sangloter en se mouchant, on est là pour juger. Et puis tout le monde vous regarde.

Conseil 1: parler. Pas besoin d'aller raconter le détail de ce qui s'est passé dans la salle des délibérés (secret total là-dessus) pour se soulager l'âme. J'ai soûlé tout le monde avec mes histoires de tribunal pendant quinze jours et c'est comme ça que j'ai tenu bon.

Conseil 2: si ça ne va vraiment pas, ravalez votre fierté et dites-le au président du tribunal. Il est assez aguerri pour se rendre compte qu'un juré qui craque ne donnera rien de bon. Il vous dispensera et nommera à votre place un des deux jurés remplaçants, toujours tirés au sort si une affaire dure plus d'une journée, au cas où.
Nota bene: un président de tribunal est un fin connaisseur de la psychologie humaine. Alors n'espérez pas non plus le filouter pour aller baguenauder pendant que les autres se farcissent les rapports de flics ou les énième témoin: c'est perdu d'avance.

Comment j'ai découvert la scène et les coulisses d'un monde?

Le déroulement d'un procès, c'est un vrai cérémonial. Le décor rappelle un temple protestant, austère, nu et vaste. Les affûtiaux de magistrats les rendent aussi lointains et théâtraux que des semi-divinités.



Les us et coutumes de l'endroit renforcent encore l'impression de distance: le moindre échange de paperasse est ultra-codifié, on parle un français d'une correction et d'une précision admirable (effet de contraste avec le français du commun des mortels), on se lève comme à la messe quand la cour se présente ou s'en va. Les uns et les autres prennent la parole dans un ordre précis...
C'est ainsi que face à cette impressionnante machinerie, nous avons vu un témoin, caïd muré dans une omerta de bon aloi, se décomposer doucement. Transpiration, tics nerveux et finalement, il a été trahi par des mots. Ils ont fusé malgré lui.
Et quand deux avocats se prennent le bec, on a beau savoir que c'est du théâtre, ça se laisse regarder.

Les coulisses, c'est autre chose. Les demi-dieux redeviennent des hommes. Ils vont aux toilettes, boivent du café. Les toges tombent. Ils nous expliquent où sont les bons restaus et comment accéder au coin des micro-ondes sans se munir d'un fil d'Ariane. Un vrai poème, les sous-sol du tribunal.


Suivre semblables affaires crée des liens et il est étonnant que très vite, les magistrats nous considèrent comme des leurs. Nous voilà rendus à partager souvenirs et anecdotes, et à rigoler franchement.
Je donnerai cher pour revoir le président, dans sa toge rouge, imiter des accents bigarrés pour rendre plus vivantes certaines de ses histoires.
Ces gens ont des horaires de forçats. En réalité, il n'ont pas d'horaires. J'ai été stupéfiée de leur conscience professionnelle, de leurs qualités humaines, dans de pareilles conditions de travail. Chapeau.

Les avocats, c'est autre chose.


Je les ai observés de plus loin. Une chose est sûre: parmi eux, il est de véritables génies. J'ai eu la chance d'assister à une plaidoirie absolument renversante.
Il existe aussi de parfaits plumitifs. Celui d'un des accusés était d'une nullité si crasse, d'une telle ignorance des lois et des règles, d'une telle absence d'humanité, que nous -jurés professionnels et simples mortels- nous sommes ensuite demandés d'où il tenait son diplôme. Il a passé son temps plongé dans son dossier que visiblement, il découvrait et le client a fini par prendre en main sa propre défense. Bien lui en a pris.
J'ai gardé en mémoire le nom de ce désastreux personnage pour le fuir.
Celui du génie flamboyant aussi, je l'ai gardé en tête, si d'aventure je dégomme mon voisin.

Conclusion: les magistrats sont plutôt des gens bien, mais aussi des maîtres du décorticage. Quant aux avocats, méfiance. Surtout s'ils font beaucoup de pub sur le net.

Conseil 1: Si un jour, vous faites une grosse bêtise, jouez franc jeu d'emblée. Allez chez les flics et déballez le morceau tout entier. Tout va être consigné, analysé, recoupé et si quelque-chose cloche, vous êtes à peu près certain de vous prendre les pieds dans le tapis (et quelques années de plus).

Conseil 2: Le jour où vous recevrez votre convocation pour être juré d'assises, réjouissez-vous plutôt.

Si c'était à refaire?

Oui

Ça en vaut la peine. A condition de connaître ses limites.



dimanche 27 janvier 2013

Jurée d'assises à Bobigny- Episode 2

Jour du tirage au sort.

La neige a un peu fondu. Nous avons dormi plus longtemps et nous sommes un peu moins hagards que la veille. N'empêche que la tension est là, encore. C'est aujourd'hui que les choses sérieuses commencent.
L'avocat général est assis, à nous jeter des coups d'oeil rapides, très discrètement. L'avocat de la défense aussi, absorbé par ses dossiers, qui nous décoche des coups d'oeil éclairs, mine de rien.
Moi, je lis mon bouquin en en faisant autant. Un point partout.
Récuseront, récuseront pas?

Des gens attendent aussi: curieux? Amis? Famille des victimes ou de l'accusé?
Tout le monde s'observe en douce et derrière moi, j'entends une petite jurée avouer à sa voisine qu'elle crève de frousse et qu'elle a mal au ventre.

Arrive l'accusé, entre deux policiers. Il est en détention, donc sous haute surveillance et installé dans un box, juste derrière son avocat. Un jeune gars à l'air sombre, inculpé de viols aggravés. Tout le monde le regarde, franchement d'abord, moins franchement ensuite.

Coup de sonnette. Le président entre, tout le monde se lève.
L'huissier lui apporte une urne. La greffière fait l'appel et les étiquette au nom des présents passent dans la boîte.
Ce cérémonial du tirage au sort tient à la fois de la cérémonie religieuse et du jeu d'anniversaire à un goûter d'enfants. C'est un jeu sérieux.
Farfouillage dans l'urne dans un silence de nuit saharienne et c'est parti: juré numéro 1! La dame se lève avec ses affaires, la mâchoire serrée et va s'asseoir sans dire un mot à droite d'un des assesseurs. Numéro 2. Une mamie voilée, aussitôt récusée par l'avocat général.
Je serai le juré numéro 3, pas récusée.
Tout le monde se demandera pourquoi tel ou telle a été récusé(e). Mystère.

Nous voilà au complet: le président et ses deux assesseurs, les six jurés, cinq femmes et un homme, et deux jurés remplaçants, au cas où.
C'est une impression particulière de se trouver assise en hauteur, surplombant non seulement une salle, mais des gens exposés aux regards, en position de juge.
Il nous est interdit désormais d'afficher la moindre expression interprétable et de passer par la salle du tribunal. A nous la joie des couloirs labyrinthesques, réservés aux initiés! Au moins découvrons-nous des machines à café moitié moins chères que celles du tout venant. C'est toujours ça de pris.

Chose surprenante: les magistrats jurés nous traitent désormais d'égal à égal avec eux. La causette, dans la salle de délibération où nous nous retrouvons pour les rares pauses, s'engage prudemment d'abord et à la bonne franquette très vite. Le langage devient moins soutenu, on plaisante volontiers. Les robes de magistrats ne nous intimident plus du tout.
Dehors, pas le droit non plus de causer à tort et à travers: les oreilles traînent partout et il faut se taire sous peine d'ennuis sérieux.

Nous avons eu de la chance: l'accusé est un spécimen exceptionnel. Un gars incapable de mesurer son langage, allant jusqu'à tutoyer le président, jusqu'à menacer une précédente victime de représailles, incapable d'exprimer le moindre remords et encore moins de se rendre compte qu'il avait commis des choses abominables. S'il n'avait pas fallu entendre le témoignage, poignant et terrible, des victimes, ces jours auraient été franchement divertissants. Seulement là, c'était du réel. Pas du cinéma.
Là, les parents de l'accusé étaient dans la salle, effondrés.
On ne nous a fait grâce d'aucun détail.
Tous les témoignages ont été entendus avec la plus grande attention, aussi bien celui des policiers, des experts, que des témoins, même taiseux. Visiblement dans les "quartiers", on lâche les mots avec précaution, quand bien même on est devant un jury d'assises et que le tremblement de vos mains, la sueur qui vous inonde ou les tics nerveux trahissent votre gêne intense.
Tout devait être exposé, décortiqué, analysé.
Rien n'a été laissé au hasard.

J'ai pris trente pages de notes. Indispensable pour y voir clair au moment des délibérations, car le dossier n'est pas consultable. Notre jugement doit porter uniquement sur ce qui a été dit.
Tout a été détruit ensuite: rien ne doit rester de ce qui s'est dit à ce moment-là. La délibération est un grand secret, qui s'élabore pendant un minimum de quatre heures.
Deux grandes questions se posent alors: l'accusé est-il coupable et de quoi?
Si oui, quelle peine lui infliger?
C'est à nous, jurés, de le déterminer en notre âme et conscience.

Après une attente si longue, je vous laisse imaginer la qualité de silence lorsque nous sommes réapparus dans la salle pour rendre le verdict.
L'accusé attendait, debout au milieu d'une équipe de policiers renforcée, au cas où.
Dans le public, personne ne bougeait.

Il a été condamné à quinze ans fermes, assortis d'une obligation de suivi psycho-judiciaire de huit ans.
Pas un murmure.
Les policiers l'ont emmené et ça a été fini.

Le lendemain, nouveau tirage au sort. J'ai encore été choisie...

J'y retourne demain.












Me voilà jurée à la cour d'assises de Bobigny. Episode 1

Depuis lundi matin, je passe mes journées à Bobigny. Plus d'horaires, le temps s'écoule au gré des auditions, tirages au sort, pauses, délibérations: je suis jurée d'assises.

C'est aussi pour cette raison que j'ai abandonné toute vie sociale cette semaine et déserté mon blog.
Les journées durent très longtemps, dix à douze heures et le soir, c'est un peu difficile de revenir dans le monde réel.

Aujourd'hui, samedi, j'ai dû faire les courses pour toute la semaine, ranger, nettoyer. Tout était laissé en plan, faute de temps. Et puis j'ai dormi. Après avoir flotté une partie de la journée dans un brouillard où mes deux mondes se téléscopaient, j'ai fini par sombrer dans une sieste épaisse d'où j'ai émergé dans mon monde normal.
Ne croyez pas que j'exagère. La brutalité du contact avec la prison, le crime, la crudité des témoignages, l'orchestration quasi religieuse du procès, l'extrême concentration qu'il faut tenir pendant des heures, assis sans bouger en affichant un visage sans émotion, la distorsion du temps (il n'y a pas de pendule dans la salle d'audiences), tout cela vous parachute dans une autre réalité.
Les magistrats, eux, jonglent avec. Ils passent de l'une à l'autre.
Nous, simples jurés, n'y parvenons pas. C'est impossible.

Je suis arrivée au tribunal lundi matin, après avoir pataugé dans la neige sale. Par chance, quelques bus s'étaient timidement remis à circuler.
J'avais prévu large, de peur d'être en retard. Le jour se levait tout juste.


La salle était encore vide. J'en ai profité pour prendre une photo furtive, ne sachant pas trop si j'avais le droit de le faire ou pas. Quelques personnes étaient déjà là, silencieuses.


Tout le monde avait visiblement le trac. J'ai extrait un livre de mon sac, pour éviter de céder à la tentation de dévisager les gens. Pour contrôler mon propre énervement, aussi.
Deux personnes en robe noire sont arrivées. La greffière et l'huissier: Vérifications, brèves questions, paperasses.

Enfin, un monsieur en robe rouge est entré théâtralement de derrière le grand bureau central, par une porte invisible une fois fermée. Il a fallu se lever. C'était le président du tribunal, celui qui allait tout orchestrer.

Ce monsieur était remarquablement clair et pédagogue. Soupir de soulagement. Nous aurions affaire à un être humain et pas à un personnage bouffi de son importance ou à une créature éthérée et solennelle.

Il a fallu que les gens qui souhaitaient être dispensés viennent à la barre et pour la plupart, répondent aux questions du président. Rien d'inquisiteur là-dedans: il s'assurait en quelques minutes que le motif invoqué était bien valable ou qu'ils empêchaient bien la personne de siéger tout au long de la session.
Il y a eu beaucoup de dispenses: garde de parent âgé, santé, résidence à l'étranger, impossibilité pour un responsable de PME de lâcher son entreprise... Il est resté vingt-deux jurés titulaires sur trente-cinq convoqués!

La matinée s'est passée ainsi, à expliquer comment les choses allaient se dérouler, quel serait notre rôle, où se garer, et ce genre de chose. A 13h, nous étions déjà épuisés.

L'après-midi, ceux qui le souhaitaient étaient attendus à la prison de Villepinte pour une visite. Il avait recommencé à neiger, l'ambiance était lugubre à souhait. Il ne manquait plus que des corbeaux et des pendus.


En ce qui concerne les vérifications pour entrer dans cette jolie bâtisse, ça ne rigolait pas. Il a fallu enlever ceinture et chaussures, laisser les sacs et les téléphones mobiles dans une salle fermée. Rien dans les mains, rien dans les poches.
C'était un rien décalé, de se balader ainsi en troupeau guidé dans un endroit pareil. Le sommet a été atteint devant l'atelier de fabrication de pochettes de nécessaire à manger (couverts en plastique, serviette...) que des détenus confectionnaient de leurs mains expertes pour le compte de la SNCF en nous lançant des regards en biais. Entre eux et nous: une grille du sol au plafond. On se serait crus dans un zoo. C'était très déplaisant et j'ai préféré regarder le mur derrière moi.
Ensuite, à l'atelier de peinture et revêtements de sol, plus de grille. Ouf! Mais une odeur persistante de solvants et évidemment, aucun masque. Le prof de peinture nous a servi un discours bien rodé d'une voix forte, où il était question de livret personnel de compétences: on se serait crus à l'école. C'était le même langage pédago suintant de fausseté.

On nous a montré beaucoup de choses: une cellule normale, une cellule d'isolement, la bibliothèque, les salles de classe, les couloirs gelés d'où l'eau gouttait parfois du plafond, les cours où les détenus faisaient les cent pas sous la neige, guettant les "colis" jetés de l'extérieur, les salles de parloir aux vitres sans rideaux et où les détenus reçoivent éventuellement leur petite amie. A ce propos, le surveillant nous a dit qu'il était philosophe et qu'il préférait les" laisser faire", même si c'était interdit. "Comme ça, les gars sont calmés pour une semaine". Mais certains, plus intransigeants, les "empêchent de se toucher".
Partout, des grilles, des portes qui s'ouvrent dans un "clac!" sonore en obéissant à des signaux mystérieux. Les détenus sont presque tous d'origine maghrébine ou africaine, les gardiens presque tous antillais ou chtis. Part égale de gars souriants ou murés. Coexistances forcées...
Ce que nous en avons vu semblait bien réglé, presque harmonieux. Illusion.
Les gardiens sont très souvent frappés.
Les détenus reproduisent en prison les règles de la pègre. Les gros trafiquants et les braqueurs sont en haut de l'échelle. Les pédophiles tout en bas, à tel point qu'il faut les isoler des autres.
C'est à ce moment qu'un détenu a dit quelque-chose à travers la porte de sa cellule. Nous étions dans le couloir, sans penser qu'il nous écoutait. Une imbécile de future jurée n'a rien trouvé de mieux que de lui lancer en parlant du gardien "il a dit que t'étais pédophile!". Elle s'était déjà fait remarquer, mais là, elle se surpassait.
Tous ont des téléphones mobiles planqués, du shit. Beaucoup ont des couteaux en céramique. Ça ne sonne pas au contrôle.
Mais comment voir tout ça?

Nous ne rencontrions que des regards réjouis et vaguement insistants. Villepinte est une prison d'hommes. Ce troupeau de bonnes femmes, assorties de quelques mecs un peu perdus, devait les émoustiller un peu ou leur rappeler leur maman. Sauf la conne à la langue trop longue. Celle-là, elle la jouait grande soeur, toute en finesse.

Après moultes grilles et portes à "clac", nous sommes ressortis de cet endroit bizarre, censé nous donner une idée de ce qu'était la prison.
Pas sûre d'en savoir beaucoup plus.


mercredi 14 novembre 2012

Opération survie 1: comment se laver entièrement dans un litre d'eau?

Tout fout le camp, la pénurie nous guette.
Réagissons!

Saisissons les occasions de nous préparer à un retour au Moyen-Age à l'essentiel dans la bonne humeur!

J'ai la chance de vivre depuis quelques temps dans une ambiance assez monacale, faute de chaudière en état de marche et ma science de la Préhistoire de l'essentiel en question grandit jour après jour.
J'ai décidé de la faire partager, parce que la règle numéro un du retour à la sauvagerie aux sources, c'est l'entraide.

Ce matin, le chauffagiste est venu me secourir, armé d'une nouvelle chaudière. Le bougre est matinal. J'ai eu tout juste le temps de sauter de mon lit (peut-être le seul endroit chaud de cette maudite baraque) qu'il toquait. Oui, il toquait. Je n'ai plus de sonnette: on me l'a volée.
La jungle est à nos portes.

Le temps de l'accueillir, de s'expliquer, de faire un brin de vaisselle et de remplir quelques casseroles, le voilà qui coupe l'eau.
Je n'étais pas lavée et quant à ma tenue...un peu femme du Troll, voyez?


<---    Un doux mélange --->


          
Toujours est-il que j'ai entrepris de faire ma toilette avec un litre d'eau, crinière comprise. 

J'ai fait chauffer la moitié de l'eau sur le gaz pour la mélanger à l'eau froide dans une bassine assez grande. J'ai filé à la salle de bain, posé ma bassine à côté du lavabo et entrepris de me fourrer la tignasse dans l'eau. Il a fallu compléter avec un gobelet, parce que sinon, l'arrière de la tête restait sec. Toute la difficulté consistait à ne pas en renverser à côté.

Ensuite: shampooing. Autant dire que je n'ai pas forcé sur les doses.
Rinçage au gobelet et récupération de toute l'eau  dans le lavabo. 
Il faut garder un fond de verre d'eau propre!
Pourquoi?
Attendez, attendez....

Après quoi, l'eau étant encore tiède, j'ai entrepris de m'attaquer aux endroits idoines au gant de toilette et au savon.
Deuxième rinçage dans le lavabo. L'eau commençait à prendre une jolie couleur isabelle très "teinture végétale bio".
Nettoyage de mes petons, par plongée directes desdits petons, l'un après l'autre, dans le lavabo.

Et les dents?
Oui, et bien les dents aussi. Sauf que l'eau des cheveux, pieds, dessous de bras et le reste ne me disait trop rien pour me rincer la bouche, et voilà pourquoi j'avais conseillé de garder un fond de verre.

En cas d'oubli, on est bon pour goûter à la mixture.


En couleurs, c'était trop violent. Je n'ai pas osé.


Faut pas croire, on en sort propre comme un sou neuf.

Si j'avais été bien, j'aurais jeté l'eau sale aux cochons, ensuite.
Seulement je n'ai pas de cochon.

jeudi 12 juillet 2012

Ziinga les pirates: suite de l'affaire.



Lors d'un récent billet, j'avouais toute honte bue que je m'étais fait escroquer comme une oie blanche par un site fort peu recommandable: ZIINGA. Des héritiers des pirates maltais.

Ces gens sont à la tête d'un site d'enchères. D'après ce que j'en ai lu sur le net, c'est un piège, parce qu'ils n'envoient pas les lots. En revanche, ils récupèrent les codes des cartes bleues pour inscrire les gens à leur insu à un programme "privilège" bidon, qui coûte 67 euros par mois, pour trois mois minimum. Ensuite, si on veut se dédire, il en coûte 31 euros.

Moi, ils m'ont eue autrement: ils m'ont appâtée avec un cadeau que je n'ai jamais reçu. J'ai donné mon code carte bleue avec un système soit-disant sécurisé (mon oeil) pour payer des frais de port dérisoires.
Résultat: abonnement à leur satané programme de trois mois hors de prix.

Enfin bref, je ne vais pas vous la refaire dans le détail. Si ça vous intéresse de savoir comment je me suis fait avoir stupidement, allez donc jeter un oeil là ------------------------------------------------------------------------------------------>
Vous vous sentirez intelligents, ça va va être un moment délicieux.

Une fois revenue de ma stupeur, je suis allée à la banque pour contester le prélèvement. Puis au commissariat où ils ont eu toutes les peines du monde à me dire si c'était de leur ressort ou pas. J'ai poireauté. Finalement, une dame sévère m'a reçue pour conclure qu'il fallait que je me rende au tribunal de commerce de Bobigny, parce que c'était du "commercial".
Je venais d'attendre  trois quarts d'heures pour des prunes, à contempler les affiches de recrutement et les numéros d'urgence pour les viols et les enfants battus.
Pas question d'aller à Bobigny dans la foulée: pas le temps. Découragement.
J'ai failli me dégonfler.

Finalement j'y suis allée quelques jours après. Café rapide dans un restau indien, vu que le café normal était fermé. Direction le Tribunal de Grande Instance. Là, on m'indique la direction du Tribunal de Commerce.
A Bobigny, les gens sont habitués à se repérer à tout sauf aux noms des rues. L'urbanisme très spécial de cette ville les a amenés à des stratagèmes variés pour ne pas errer des heures au milieu de cette architecture angoissante.


Donc là, c'était: "traversez la passerelle (qui enjambe un boulevard aux dimensions staliniennes), tournez à gauche jusqu'au rond point. Au BP, traversez et là, après le bâtiment rouge, vous verrez le Tribunal de Commerce". Typique de Bobigny: folklore local à fond.
Je me suis quand même perdue.

Arrivée sur place, on m'annonce que c'est au Tribunal de Grande Instance qu'il faut aller.
Demi-tour. Tout baignait. Il faisait beau et je connaissais le chemin.

La plainte a été déposée très rapidement, auprès d'une dame joviale qui a ouvert des yeux ronds en voyant ce que Ziinga osait demander.
Reste à savoir si elle sera suivie de quelque action...

Retour à la banque avec mon récepissé. La boucle était bouclée. Enfin! J'ai une assurance, on m'affirme que je serai remboursée.
Entretemps, j'ai eu l'agréable surprise de découvrir que Ziinga m'avait versé 36 euros. Bon début.

Et ce soir, je me suis fait plaisir: ils ont eu la joie de recevoir un petit mail en anglais (vu qu'ils n'utilisent que cette langue pour répondre aux litiges) où je les informe de la plainte que j'ai déposée, de l'information envoyée à la  Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, de la diffusion sur Facebook et les blogs de leurs méthodes. Pour finir, je les prie de me rembourser l'intégralité de ce que je leur ai versé et ensuite, de ne définitivement plus me contacter.

Résultat, pas mal d'émotions, beaucoup de temps dépensé, mais finalement pas perdu.
Je me suis déniaisée:

- Mieux vaut aller faire un tour sur le net avant de s'embarquer sur des sites marchands inconnus.
- FUIR CEUX QUI NE PROPOSENT PAS D'ADRESSE POSTALE. Se méfier de ceux dont l'adresse postale est sybilline, ou dans des endroits aux relents louches (Malte, îles lointaines, Monaco..).
- Les banques proposent des systèmes astucieux qui permettent de payer par carte bleue sans donner le véritable numéro. Ça s'appelle e-carte.
- Si on n'habite pas trop loin, autant aller directement déposer plainte à la préfecture quand c'est un peu compliqué: on attend moins et on sait tout de suite si la plainte est recevable ou pas (dans les commissariat, ils "oublient" parfois de faire suivre ou ils classent quand ça paraît trop tordu).
- Ziinga n'est pas le seul arnaqueur. Marité me signale Gleamify qui a l'air gratiné aussi et BRITANNIQUE ÉGALEMENT! 
- Site britannique vendant des produits de camelots: méfiance!




samedi 26 mai 2012

Venez donc goûter mes bestioles répugnantes: à table!

Lors d'un récent billet, j'annonçais mon intention de me livrer à une dégustation taboue: des insectes.
Les réactions ont été immédiates:
- C'est dégueulasse.
- Toi? Non!!!!! Pas possible! (sous-entendu, tu as pourtant l'air civilisée)
- Je ne t'embrasse plus.
Et j'en passe....

Partant du principe que des survivants, et même des gourmets, semblaient les apprécier, je me suis dit que c'était idiot de ne pas essayer sous prétexte que dans nos contrées, les bestioles pattues et carapaceuses n'ont pas le vent en poupe.
Je voulais aussi briser un interdit.
Je n'aime pas les interdits inutiles. Déjà qu'il faut en respecter plein qui colmatent notre société si bien huilée...

Les bestioles, je les ai donc prudemment commandée lyophilisées et pour l'essentiel, déjà assaisonnées.
Pas de risque qu'elles me gigotent dans le bec. Démarrage soft.

J'ai donc solennellement ouvert mes sachets: sauterelles, punaises d'eau, vers à soie, vers du palmier.

J'ai été un peu déçue. Les bébêtes étaient comme momifiées et plus ou moins en morceaux. Pas grand chose de redoutable.


Les sauterelles et les punaises d'eau, il suffisait de les réchauffer au four, de les saler et c'était prêt. elles n'ont donc pas changé d'aspect et vu que ça ressemblait plus à des miettes qu'autre chose. Sur du riz, c'était facile à déguster. Pas mauvais du reste, mais je pense que des vrais sauterelles fraîches, dûment ébouillantées et frite seraient meilleures. Ce sera la prochaine étape, maintenant qu'on a survécu au croquage de chitine.  Le site des entomophages féroces,     c'est là-->  bzzzzzz!



Les vers, je les ai mélangés et fais frichtouiller doucement avec des échalotes. Ils ont gonflé en cuisant et ils ont commencé à ressembler à des vrais. J'ai suçoté ma cuillère timidement: c'était bon. Même meilleur que les autres! Un coup de sel et de poivre et c'est tout.
Plongeon dans l'assiette! Une bouchée! Victoire!
Mes premiers vers gastronomiques!
Franchement, ça c'est vraiment bon. Fin, parfumé, pas difficile à manger du tout, légèrement croquant... délicieux.

             Ça a l'air immonde comme ça, mais je vous assure que c'est un préjugé injuste.

Il suffit d'une jolie table en prime et ça passe tout seul.



Sur ces entrefaites, des idées me sont venues. J'ai appris que les larves de cétoines dorées qui logent en abondance dans mon tas de compost sont tout à fait comestibles. C'est du frais, ça. Du crémeux. Ça se tortille. Du gratuit aussi (parce que les bestioles lyophilisées coûtent bonbon. Le baptême de l'insecte n'est pas pour les fauchés).

Vais-je me laisser tenter?

                                                      Les adultes sont jolis, j'hésite.....

mardi 22 mai 2012

Oyez oyez! La République m'appelle!

Après le boulot, je suis allée faire les courses. C'est dire que je suis rentrée un peu tard et un un peu lasse.
J'ai ramassé le courrier distraitement. Je l'ai jeté sur la table et il a attendu là le temps que je fasse un bisou à ma filloune, quitte mes chaussures et mon manteau, que je prépare de la soupe et que je range mes emplettes. Par la même occasion, j'ai aussi libéré les chats qui attendaient leur tour de jardin et j'ai vidé le lave-vaisselle.

Et vous êtes en train de vous demander ce qui me prend de dégoiser sur des banalités pareilles.
C'est parce que jusqu'à l'ouverture de ce maudit courrier, je vivais dans une paix relative.
L'une des enveloppes cachait une jolie surprise.

J'ai cru tomber raide.

Voilà que je suis tirée au sort pour figurer sur la liste préparatoire des pékins susceptibles de devenir jurés de la cour d'Assises de Bobigny.

Et  allez!
Je me console en me disant que ça doit être intéressant.... et puis rien n'est encore scellé dans le marbre.

En attendant j'ai l'impression de faire un bond de plus de deux cents ans en arrière, à l'époque où on guillotinait à tout va et où on se faisait appeler "citoyen". Les jurys populaires, ça date de ces époques-là.

                                                                   Léger vertige.


mardi 13 mars 2012

Quand les petites filles grandissent

Ce matin, à 8h32, sitôt ouverte la porte donnant sur la cour, j'ai bien vu que mes élèves n'étaient pas comme d'habitude.


En général, à cette heure-là, ils sont plutôt mollassons. Ils se rangent sans trop s'agiter. Ils sont presque disciplinés. Ensuite, au fur et à mesure que le soleil gagne le zénith, les choses changent et ils redeviennent normaux.

Là, il flottait sur le coin des filles une agitation aussi matinale que suspecte.
D'ordinaire, en pareilles circonstances, je vois assez vite surgir des enveloppes décorées qui signalent un anniversaire prochain. Ou des breloques bariolées qu'on me brandit sous le nez avec ravissement.
Là, rien.

Sur mes gardes, je les ai fait entrer dans le couloir et tâchant de flairer la cause de ces mystères. Réflexe de survie: anticiper, toujours anticiper. Ne jamais être pris en traître.

Ces demoiselles se sont calmées en classe. Bien obligées: je tiens à ma paix, par conséquent, je les ai installées le plus loin possible de leurs copines. On est là pour travailler nom d'un petit bonhomme!
Donc, au boulot.
Elles ont tenu le coup vaillamment pendant les opérations à virgule, puis pendant l'anglais.
Mais juste après le calcul mental, j'ai à nouveau senti planer cette surexcitation bizarre. Ces coups d'oeil entendus. Ces sourires un peu crispés.
L'approche de la récré?
Pas normal.
Même la récré ne leur fait pas cet effet-là.

Alors je me suis dit que la belle Andréa devait avoir un nouvel amoureux et que ça ne me regardait pas. Qu'ils roucoulent en paix.

J'étais de service de cour. Première cour agréable depuis longtemps. Il faisait doux et le soleil chauffait doucement.
Ces demoiselles n'ont pas tardé à m'encercler de leurs airs mystérieux et de leurs sautillements fébriles.
"Maîtresse! On a quelque chose à vous dire!"
"Maîtresse! Il s'est passé quelque chose!"
Dès qu'un malheureux garçon approchait, par l'agitation alléché, elles le repoussaient sans ménagement. Du coup, les garçons se sont mis à rôdailler autour d'elles en un deuxième cercle plus lâche. Ils étaient intrigués, lançaient des coups d'oeil torves en faisant semblant de jouer, et ouvraient leurs oreilles de loin.

On est bel et bien allé me chercher Andréa qui n'attendait que ça et qui s'est mise à faire des mines en rougissant.

"Allez! Dis-lui, à la maîtresse!"
"Maîtresse! Andréa, elle a quelque chose à vous dire!"

Elle mourrait d'envie de me le dire, Andréa, seulement, elle n'osait pas.

Finalement, poussée par le autres qui l'encourageaient, rose d'excitation et de confusion tout à la fois, Andréa a fini par me souffler:
"J'ai mes règles..."

C'était donc ça!

Aussitôt, la tension est retombée comme un soufflé. Elle avait rompu le charme en parlant.
Et dans le même temps, elle est redevenu une petite fille.

La cloche a sonné.

Elle est allée se ranger avec les autres.
Le calme est revenu.
Tout a continué comme avant.
Ou presque.





mercredi 4 janvier 2012

Initiation

J'ai beau être prof, je suis surmenée.
C'est plus fréquent qu'on ne croit.

Là par exemple, je devrais attaquer mon boulot. A 22h18. Vous allez me dire: "Et pourquoi que tu l'as pas fait avant, ton boulot?"

C'est vrai. Je ne l'ai pas fait avant.
Et je m'en vais de ce pas expliquer. Parce que c'est vrai que ça me casse la cougourde de devoir m'y mettre si tard, avec mal au crâne en prime.
Surtout pour corriger des expressions écrites.

Depuis quelques temps déjà, je cherche un véhicule. Autant vous dire que pour moi qui suis aussi hermétique qu'une huître à ce genre de science, c'est un cauchemar. Je n'y connais strictement rien, je ne sais pas distinguer un Laguna diesel d'une Fiat 500, même par temps clair. Parlez-moi de soupapes, de durite, de turbo-injection, des mérites comparés des moteurs essences et diesel et j'attrape une jaunisse.

Jusqu'à maintenant, j'avais réussi à esquiver la corvée: d'autres se la farcissaient à ma place. C'était un peu lâche, mais confortable.
Tandis que là, seule au monde, il m'a fallu affronter la bête.
A moi les joies des épluchages d'annonces et d'étude pénible des avis comparatifs!
A côté de ça, pleine d'espoir, j'ai cru m'alléger la tâche en questionnant des amis  plus experts que moi. Grossière erreur! Les amis sont variés et avec eux, leurs certitudes et leurs méthodes.
L'adepte du neuf, m'a envoyé compulser les listes de mandataires en m'assurant que l'occasion était la plus sûre manière de me faire avoir.
L'inconditionnel de l'occasion m'a asséné son avis sur toutes sortes de combines auxquelles je ne comprenais goutte, tout en m'affirmant que le neuf était une arnaque, puisque les voitures se dévaluaient à la vitesse de la lumière, sitôt achetées.
Celui qui copine avec son garagiste m'a envoyée chez le gars qui, goguenard et le regard aiguisé du vieux renard, a essayé de me fourguer une ruine pour une somme astronomique, tout en me proposant de prendre le café avec lui.

Alors hier, j'ai décidé que j'étais assez grande pour me débrouiller seule.
Forte de mes études intensives de fiches techniques, de mon intuition et après avoir fait une prière au Très Haut, je me suis lancée à l'assaut des petites annonces.

C'est ainsi que, tremblante, j'ai décroché mon téléphone hier soir, pour répondre à une annonce qui venait de paraître. Le monsieur que j'ai eu au bout du fil avait l'air normal. Un être humain. La voiture avait l'air bien: pas trop coquette, pratique, modeste, pas trop vieille ni usée. Pas gratuite non plus, hélas, mais pas astronomique.
On a pris rendez-vous.
Et ce soir, je l'a achetée.

Vendredi prochain, je serai l'heureuse propriétaire d'une Renault Modus diesel bordeaux métallisé, avec jantes en alu, vitres arrières teintées, courroie, freins, pompe neufs garantis 1 an, 2 pneus neufs aussi, tout qui marche impec, de septembre 2006, qui a roulé en tout et pour tout 34500km.
En prime, entretenue par un cadre de chez Renault vétilleux.
7250 euros

Est-ce que je me suis fait avoir ou pas?

L'avenir nous le dira.
En tout cas, je suis vraiment contente que tout ce cirque soit fini.

Et maintenant les amis, je vais aller travailler pour ma classe. Y'a pas d'heure pour ça!


dimanche 25 septembre 2011

Satisfaction

Contrairement à ce qu'affirment les Sex Pistols, il y a encore quelques satisfactions en ce bas monde.

Ce soir, c'est RETOUR DE BROCANTE!

Oui mes bons amis.
Comme ma bicoque explose sous un fatras de fourbi, j'ai décidé d'y mettre bon ordre.
Deux solutions: poubelle ou brocante.

Je n'aime pas jeter. Un reste de mes ascendances plébéiennes sans doute, genre "peur de manquer", "ça peut toujours servir". Le genre d'idée qui appelle l'accumulation. Dont acte.

La journée d'hier s'est donc passée à trier-ranger, non sans mal. Virer? Ne pas virer? Drame sheakspearien.
Rien foutu pour mon boulot avant pas d'heures....
Du coup, mal dormi.
Lever à 5h30, bouffie comme un poisson lune.
Chargement de la bagnole EN PLEINE NUIT!
Déchargement de la bagnole à l'aube pâlote.

Et la journée s'est passée en négociations avec des rapaces et l'attente des rapaces. Le tout sous un soleil de plomb.

Ensuite, rangement de mes misérables restes et départ épuisé avec une envie de faire pipi atroce.
Miracle: extraction réussie des poussettes et les stands branlants. Over.

Bon allez, je prolonge pas. Trop crevée pour ça.
Alors la satisfaction, Miss Io la maso, elle est où?

Elle est LÀ!


Net d'impôts!

Et maintenant je vous laisse. Je m'en vais finir de préparer mon boulot en soignant mes coups de soleil.