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mardi 27 décembre 2016

Noël décalé

Je sais, honte à moi, je suis restée dans mon trou de souris au lieu de souhaiter un joyeux Noël à tout le monde.

C'est un peu délicat à expliquer.

J'en vois certains lever le sourcil et se demander quelle mouche me pique.

Levons d'emblée tout malentendu: j'aime partager avec ma famille ce moment si particulier où nous nous retrouvons loin des folies du monde pour échanger des cadeaux, prendre notre temps, faire un bon repas sur une nappe somptueuse brodée par une amie aux doigts d'or.


Pas grand chose de chrétien là-dedans. Mes filles ne mettent jamais les pieds à l'église et seraient assez gênées si nous mêlions le religieux à nos petites habitudes franchement païennes: petits gâteaux de Noël, sapin, bougies, bonne bouffe et pied de nez à la nuit et à l'hiver...

Ça ne m'empêche pas d'être sincèrement touchée par ceux de mes amis et connaissances qui m'envoient des cartes, de voeux et me manifestent leur amitié ce soir-là. A ceux qui fêtent le Noël chrétien et je m'associe en pensée, sinon en actes, avec chaleur.

Répondre est une chose évidente.
Envoyer en est une autre, parce que ce serait une sorte d'imposture.

Mon Noël du 24 décembre n'est pas chrétien.
Mon Noël chrétien sera le 6 janvier et là, oui, j'irai à l'église.
Seulement c'est un Noël décalé, confidentiel qui, pour presque tout le monde, tombe comme des cheveux sur la soupe. D'ailleurs, mes filles évitent le sujet. Ce sont les affaires de leur mère,voile pudique.
Quant à mon beau-fils, je parie un strudel aux griottes qu'il ne nous accompagnera pas.

Ce soir-là, donc, le noyau dur de la réunion familiale, c'est mon mari et moi. Ma belle-mère habite en province, ma belle-soeur n'est pas du genre à hanter les églises, quant à ma famille à moi, elle oscille entre catholicisme flou et athéisme ferme et définitif. Alors pas de bonne table. Pas de sapin. Nous irons tous les deux dans notre petite église russe en bois, en dehors du temps, pour célébrer la naissance du Christ.


Encore que...cette année, rien n'est comme d'habitude.
Les Choeurs de l'Armée Rouge sont morts au premier Noël. Que voilà un triste symbole de tout ce que l'existence peut avoir d'écrasant.
Ma belle-famille se réunira au complet au deuxième Noël et peut-être un petit bout de ma famille à moi. C'est une première, un autre symbole de ce que la vie nous réserve d'espoir et de chaleur.

Et là, j'aurai très envie d'envoyer des Joyeux Noël à tout le monde, et tant pis si ça tombe à plat, parce qu'on se demandera ce qui me prend, de me réveiller treize jours en retard.

 


dimanche 4 décembre 2016

Le fisc ne sait pas écrire

Les relations entre fonctionnaires et prochain président de la République s'annoncent rebondissantes. Je ne sais pas au juste ce qui nous pend au nez, mais il est clair que ça ne peut pas continuer comme ça.
Des fonctionnaires, il y en a beaucoup. C'est vrai. Encore faudrait-il séparer le bon grain de l'ivraie. J'espère que Futur Président saura faire le tri.
Des qui ne s'explosent pas au travail, j'en connais. Je ne gloserai pas maintenant sur le sujet, mais j'ai plein de choses à raconter. Il y a du ménage à faire.
Des qui ont un niveau d'orthographe digne du CE1 des années 50, il y en a aussi, même au fisc. C'est pourtant du sérieux, le fisc. Les parents vous ont envoyé aux études et tout et tout. Ensuite on a le droit de plumer son prochain sans scrupule, à grands coups de lettres bien senties. C'était presque un honneur fait aux plumés.
Aujourd'hui, même les impôts ne sont pas foutus d'écrire en français. Un comble.
Ceux-là, j'espère vraiment que Fillon celui à qui je pense les fera dégager.

Voilà l'histoire.
On veut infliger à ma pauvre mère la taxe sur les logements vacants. Elle n'habite plus son appartement, c'est vrai, mais il a été occupé plusieurs mois par ma fille et j'ai fourni tous les justificatifs au centre des impôts idoine.
Il faut croire qu'ils ne savent pas très bien lire non plus, puisque sept mois après, on m'envoie la facture au titre de l'inoccupation de ce logement. Ma fille compte pour du beurre.
J'envoie un mail poli, où je demande une vérification.
La réponse arrive en retard. J'ai bondi en découvrant la densité de fautes énormes qui l'agrémente.

"Madame, Monsieur, --> Monsieur? Je suis une dame tout de même!
Nous somme désolé du retard de réponse --> Première énorme faute.
Nous traitons votre demande au plus vite ,
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée."

L'après-midi, je reçois ça. Encore mieux.

"Madame, --> Ah? Ils ont découvert que j'étais du genre féminin. Bien.
Nous avons bien pris en compte que l'appartement de votre mère est loué à votre fille.
veuillez nous fournir la copie de la pièce d'identité de votre fille ainsi que son avis d'imposition si elle fais sa propre déclaration ou la copie de la votre si elle est fiscalement rattaché.

Veuillez agréer Madame, blabla..."--> Un festival. Un cancre qui ne sait ni lire ni écrire demande du pognon qu'on ne lui doit pas.
 

J'ai préféré écraser, craignant une montagne d'emmerdements si je leur fais observer leur nullité.
Mais je n'en pense pas moins.

Il ressemble à quoi, le service public, je vous demande un peu?
Hollande, qui ne se sent plus et se prend soudain pour De Gaulle, déclarait hier:

«Quand il n'y a plus de fonctionnaires, il n'y a plus d'Etat et quand il n'y a plus d'Etat, il n'y a plus de France»

Si c'est ça, la France, alors oui, vivement un grand coup de balai. 

 

 

mardi 8 novembre 2016

Seine-Saint-Denis, condamnation à vie

L'heure est grave, je vais vous raconter comment j'ai réussi à m'extraire de ce piège à profs redoutable qu'on nomme la Seine-Saint-Denis.
Il y a plus ou moins vingt ans, quand l'idée m'est venue de passer le concours de prof des écoles (quelle nom à la con!), je venais d'emménager dans le département, je n'avais pas envie de risquer une nomination à Maubeuge, avec un bébé.
J'ai donc opté pour le premier degré qui me garantissait un boulot pas trop trop éloigné, puisque les nominations sont académiques et pas nationales. Une académie, c'est un regroupement de départements où le candidat naïf est sûr d'être affecté, surtout si c'est celle de Créteil, dont dépend la Seine-Saint-Denis.
J'aurais dû me méfier.
Vingt ans de boutique plus tard, mon enthousiasme sautillant quelque peu tiédi, je décide de demander à changer d'académie.
 

J'avoue que je commençais à être un peu lasse des excès de zèle des inspecteurs, confondant le 93 avec un tremplin vers de juteuses promotions. Certains n'étaient pas dans cette logique, mais ils se remarquaient et disparaissaient vite.
Je confesse avoir été gagnée par un léger agacement devant le décalage entre les discours ronflants et le "terrain": pas vraiment la joie, le terrain. C'était de plus en plus grotesque et décourageant.
Et surtout, je voulais rejoindre mon amoureux qui habitait Paris et changer d'air par la même occasion.
Dûment conseillée, j'ai commencé par me syndiquer. Pas de syndicat, pas de mutation, c'était comme ça.
La fille du syndicat, au demeurant très agréable, a commencé par me prévenir qu'à moins de vingt-cinq ans d'ancienneté, mes chances d'obtenir ma mutation étaient infimes.
Devant ma mine consternée elle s'est empressée d'ajouter qu'avec "un bon dossier", on pouvait tout de même essayer, mais que ça allait être difficile.
Un bon dossier, en clair, ça veut dire qu'on est un cas social ou en phase terminale d'un cancer explosif. Eventuellement au bord de la tentative de suicide, ou déjà à moitié suicidé. Pour optimiser ses chances de quitter l'académie de Créteil et tout particulièrement le département de la Seine-Saint-Denis, l'idéal consiste à être les deux à la fois: cas social et suicidé (ou cancéreux).
J'exagère à peine.

Il se trouve que par chance, je me débattais depuis quelques années dans un bourbier familial plutôt sordide et, double veine, que je commençais doucement à y laisser des plumes. On tenait un espoir de "dossier". Encore fallait-il mettre tout ça en forme pour que l'inspection académique le juge digne de son auguste intérêt.
J'y ai passé des semaines.
J'ai enterré toute fierté pour livrer absolument tout ce que je pouvais ramasser de plus tragique et de plus sordide dans mon existence. J'ai triplé ma fréquentation médicale et j'ai fini par réellement me sentir perdre pied.
Cette mutation, à mesure que je mesurais la quasi impossibilité de l'obtenir, virait obsessionnelle et plus je l'espérais, plus je me rendais malade et plus je me voyais coincée à vie dans ce foutu département avec tout ce que ça supposait de renoncements.
Je suis allée voir le médecin conseil, l'assistante sociale, le responsable du personnel. Devant tous, je me suis présentée comme usée jusqu'à la corde, misérable, bonne à jeter.
Enfin, le "dossier", moulte fois revu, rectifié, complété, peaufiné, a été envoyé.
Je vous laisse imaginer mon état de nerfs pendant l'attente du verdict. Ça a failli m'achever.

J'ai finalement obtenu le sésame: les huit cents points distillés aux cas jugés sérieux. Mon dossier était "passé", j'étais complètement saturée de ce combat et ma principale motivation consistait à me reposer et à préparer mon déménagement. Il restait en outre quelques bricoles à régler, comme demander une école parisienne pas trop pourrie.
Cette année-là, 247 enseignants ont pu quitter la Seine-Saint-Denis vers d'autres académies: 9,35% des demandes. En gros 247 élus, armés de points surgonflés sur 2470. Et regardez bien ce document: combien ont obtenu Paris cette année-là?
Quant aux candidats entrants, les pauvres inconscients, ils étaient 17, presque tous avec des barèmes misérables.
L'année suivante, j'ai découvert une autre planète et un autre métier. Faut dire que je revenais de loin.
Au même moment, à l'Est, le délai pour espérer s'en aller est passé de 25 à 34 ans. Les postes vacants frisaient les huit cents en 2015 (source: la nana du syndicat rencontrée par hasard). Les journaux, muets jusqu'alors, en ont parlé.


 







dimanche 16 juin 2013

Témoins de violences policières à Paris: Eric Le Boucher, journaliste.


Corto74 vient de publier le témoignage d'Eric Le Boucher, journaliste

Il a assisté hier, dans le quartier latin à une scène de western aussi incroyable que violente et il est tombé des nues. Pourtant, voilà déjà un moment que ce genre de chose se produit et bien peu de voix s'élèvent parmi les journalistes pour dénoncer.

Là, par chance, Eric Le Boucher a vu. 


Scandalisé, il publie une lettre adressée  François Hollande et Manuel Valls, pour leur demander d'arrêter ça. Elle est publiée dans Les Echos, dont il est directeur de la rédaction.
L'entendront-ils?

" MESSIEURS HOLLANDE ET VALLS, RANGEZ VOS FLICS

La loi sur le mariage est votée, les manifestants qui continuent de s'y opposer sont de moins en moins nombreux: un peu de sagesse devrait vous conduire à calmer vos troupes lors des arrestations des anti-mariage.

Il est 20h30 samedi, je rentre de dîner avec un ami dans un restaurant du carrefour de l’Odéon. Nous marchons rue Saint-Sulpice quand, derrière nous, des cris, deux motos de la police à fond, une personne, un homme très jeune, court sur le trottoir. Il s’arrête fait demi-tour, reprend sa course. La première moto pile, fait demi-tour à son tour, monte sur le trottoir et fonce. La seconde la suit. On se dit, avec mon ami, qu’il s’agit d’un voleur de sac. Et que les policiers ont l’air très énervés. Sur le même trottoir, courent vers nous deux autres jeunes hommes et une jeune femme puis ils s’arrêtent tous essoufflés. On leur demande ce qui se passe.

- «Une manif anti-mariage gay», nous dit un garçon, genre propre sur lui, souriant, pas du tout l’air d’un casseur. Je lui demande pourquoi les flics… mais il n’a pas le temps de répondre, deux voitures de police, puis trois, foncent dans notre direction, bloquent le croisement avec la rue Mabillon. Tout va très vite. 

Les policiers sortent des voitures, sautent sur un des jeunes, le ceinturent, le poussent brutalement vers une voiture. La fille sort son portable pour prendre une photo. Elle est immédiatement ceinturée et emmenée à son tour. D’une voiture banalisée sortent deux hommes, qui foncent sur un autre jeune, et le jettent par terre avec violence. D’autres voitures passent à fond, freinent à mort, des policiers en sortent, attrapent d’autres jeunes. 

Les passants s’émeuvent de ces comportements de cowboys. Vue l’amabilité affichée par ces jeunes, personne ne comprend. Je leur montre ma carte de presse, m’approche des voitures demande: «pourquoi les arrêtez-vous? Qu’ont-ils fait?». Pas de réponse. Je brandis ma carte devant les yeux du motard qui semble un peu le chef avec ses trois galons, mêmes questions. Il s’approche très près, me parle les yeux furieux: «demandez au service de presse de la préfecture, nous n’avons rien à vous dire». J’insiste, demande s’ils ont cassé quelque chose… «Demandez au service de presse» et comme je me retourne pour essayer de poser les mêmes questions à d’autres, il me poursuit, sans me repousser et ni me toucher, mais avec un ton qui monte. 

Les voitures partent. D’autres jeunes viennent me voir, ils m’ont vu poser des questions, je dis que je suis journaliste. Un certain Maxime me raconte qu’ils étaient une centaine à aller manifester devant le Conseil constitutionnel, puis ont traversé le Louvre et se sont retrouvés place Saint-Michel en montant vers le Sénat. 
Là, les CRS les ont bloqué. Certains ont alors descendu la rue de Tournon et c’est là que la police est entrée en action pour, ce que je comprends, les poursuivre et les arrêter. Course des manifestants, virage à gauche dans la rue Saint-Sulpice, où je les vois.

Combien sont-ils? Une dizaine ou une vingtaine, sans doute, âgés de 18-22 ans. Aucun n’a cassé quoique ce soit, ils ont peur, ils courent pour échapper aux flics qui, eux, font preuve d’une violence hors de propos et, tel est le sentiment des passants, d’une joie évidente à faire les cowboys dans la rue.

Je raconte cet épisode pour arriver à ceci: messieurs Hollande et Valls, vous venez en un quart d’heure de perdre une centaine d’électeurs dans un quartier où vous avez de nombreux sympathisants. Les jeunes qu’on pourchasse dans le quartier latin qu’on arrête pour les envoyer à «Beaujon» et les ficher, me rappellent mes années Pompidou. Apprenez donc Manuel Valls, que la matraque c’est la «contingence» sartrienne, celle qui vous fait voter, pour des décennies, contre le pouvoir qui cogne. 

Tout ça inutilement Monsieur le ministre de l’intérieur. La loi est passée, il ne sont que cent à manifester, leur nombre diminue. Certes, je ne sais pas ce que ces jeunes ont fait pour être pourchassés ainsi: ont-ils attaqué les policiers? Ou des passants? Un peu de sagesse devrait quand même vous conduire à calmer vos troupes qui, elles, on le sait depuis toujours, ne se refusent jamais un rodéo.

Monsieur Hollande, ne soyez pas le Georges Pompidou de gauche. Ne laissez pas la haine contre vous s’installer dans la jeunesse de droite. Ce n’est pas ce que vous souhaitiez. Ce n’est pas votre genre. C’est un très mauvais résultat politique.

Libérez ces jeunes au plus vite et rangez vos flics. "

jeudi 6 juin 2013

Free se fout du monde

Enfin, ma connection internet est rétablie!

Lundi 27 mai, je constatais avec consternation que la liaison était en panne.

Mardi 28 mai, j'appelle Free bien poliment. La dame au bout du fil me prend pour une neuneu et me conseille de vérifier mes branchements. J'insiste.

Mercredi 29 mai je reçois un mail m'informant que des tests ont été effectués par les soins de "leurs équipes". A croire qu'ils déploient des bataillons de techniciens. On ne lésine pas, chez Free.



Le 30 mai, le bataillon rend son verdict: aucun défaut n'a été constaté sur ma ligne ADSL.
Je suis bonne pour rappeler Free et signaler que" leurs équipes" ont eu beau déployer leur science, ma liaison internet débloque toujours et que ça commence à me les briser menu, vu que je bosse avec mon ordi, que ma fille passe le bac bientôt, et que la WIFI poussive que je suis obligée d'utiliser m'empêche de hanter mes blogs préférés et de tchater avec mon amoureux nous cause un préjudice grave.

Du coup, le 31, un technicien m'appelle à 14h23 pour prendre rendez-vous. Je suis au turbin en classe, en pleine dictée, et bien évidemment, je ne décroche pas.
Le gars ne me rappelle pas et son numéro me renvoie à un dédale d'options qui me réclament la totalité de mes codes, identifiants et autres mots de passe. Je suis au boulot. Je n'ai pas pris soin de me munir de toute la paperasse et je suis marron.
Me voilà bonne pour ronger mon frein tout le week end.

C'est comme ça que j'ai passé mes nerfs sur le lierre et sur des brouettées de caillasses. L'ancien proprio avait entreposé un mur de briques pourries et d'énormes blocs de meulière dans le fond du jardin. J'ai tout viré grâce à l'amabilité du couvreur qui me restaure mon toit: moyennant que je transbahute ce monceau jusqu'à son camion, il a tout embarqué.

Lundi 1er juin, un peu courbatue et après une semaine de poireautage, je rappelle Free et je tombe sur un type chafouin qui se débarrasse de mon encombrante requête et me refile un tuyau percé.
Re coup de fil l'après-midi et là, miracle! Je tombe sur une nana énergique, parlant français correctement et à l'écoute. Un don du Ciel.



Finalement, le technicien tant attendu arrive tel le Messie mercredi matin. Le gars est désabusé. Le genre qui ne s'émeut pas de grand-chose et n'a pas de temps à perdre.
Avec assurance, il va droit à ma Freebox qui affiche à nouveau l'heure. Bien embêtée, je m'attends déjà à devoir casquer pour l'avoir dérangé pour des prunes.
Point du tout.
Le gars m'explique en quelques mots qu'avant de toquer chez moi, il a vérifié les raccordements dans la boîte électrique au coin de ma rue et qu'un fil était débranché.
Il l'avait juste rebranché.

Free a donc mis neuf jours pleins pour rétablir ma connection, non sans m'avoir assurée avoir procédé à des vérifications aussi savantes que bidons.


Ils se foutent du monde et je suis absolument furax.

Je leur ai collé un recommandé dans les dents, dont je compte bien joindre un double à la DGCCRF de mon département.
Il va sans dire que je leur réclame un mois d'abonnement gratuit.

Maintenant, j'envisage très sérieusement de m'en aller voir ailleurs. Je n'aime pas qu'on me prenne pour une poire, ni qu'on me fasse mariner neuf jours pour un fil débranché.



samedi 30 mars 2013

Education nationale: secrets honteux

Quelques-unes de mes collègues ont pris leur retraite avant l'heure, voilà deux ans. Elles avaient 45, 50 ans. Parfois moins. Leur statut de mère de trois enfants le leur permettait, après quinze ans de service et voilà deux ans, cet avantage, réservé aux fonctionnaires, a été supprimé.
D'où leur décision de s'arrêter.

Très récemment, une amie qui a bénéficié de cette mesure m'appelle.
Elle est donc en retraite et touche une rente à ce titre. Pas grasse, la rente, certes, mais une rente tout de même.
L'inspection académique de Seine-Saint-Denis lui a téléphoné, comme à plusieurs autres retraitées anticipées, pour lui proposer un job. Je vous le donne en mille: maîtresse d'école vacataire. Tarif: 15, 80 euros l'heure. Et des point bonus pour ceux qui atterrissent en zone sensible.
Emploi du temps modulable. Journée, mi-temps, en alternance une semaine sur deux.
Le tout avec amabilité et même, gentillesse.
Le tapis rouge.



Intriguée, elle se renseigne auprès de son ancienne inspectrice de circonscription (en gros, de commune). Là, à sa stupeur, on lui parle sans langue de bois. Quatre cents personnes ne sont pas remplacées sur le département. Les jeunes qui démarrent démissionnent".
Parole d'inspectrice.

Pour démissionner ainsi en masse par ces temps de pénurie de boulot, c'est dire comme le job est sympa.

Alors mon amie a accepté, pour le beurre dans les épinards. L'administration, trop heureuse d'avoir récupéré une vraie enseignante, au lieu d'un pauvre diable recruté à Pôle Emploi, lui fait toutes sortes de facilités pour la satisfaire.
C'est ainsi qu'elle a atterri dans une école près de chez elle, pour occuper un poste à mi-temps.

Elle déchante.

Sa classe de CE1 a été mise en pièces par une succession d'absurdités.
Deux enseignants se la partageaient: un nouvellement nommé et une stagiaire. J'avoue que je m'y perds un peu dans la multitude de statuts, si bien que je ne me souviens plus de quel genre de stagiaire il s'agissait. Sans doute quelqu'un qui potasse son master 2.
Peu importe.
Le fait est que depuis que Sarkozy a décidé que le master 2 tenait lieu de formation, les nouveaux sont catapultés dans les classes sans autre forme de procès. En général, ça se passe mal. Très mal. Alors, comme on a besoin de profs, on les garde quand même, mais pour éclaircir la noirceur du tableau, l'administration les déménagent dans d'autres classes.
C'est ce qui s'est passé ici.
Mon amie vient remplacer un master 2 balancé dans la cage aux lions, qui ne s'en sort pas. La stagiaire, elle, n'est pas là en permanence. Alors, ce sont d'autres stagiaires ou personne qui assurent l'alternance.

Dans ces conditions, bien sûr, les enfants n'apprennent rien et, plus grave, prennent l'habitude de considérer la classe comme une activité intermédiaire entre la fête foraine et la caserne au gré des adultes qui passent.

Voilà où nous en sommes.
Inévitablement, je m'interroge. Ne vaudrait-il pas mieux que Monsieur Peillon prenne la mesure de ces urgences-là, au lieu de dépenser nos maigres sous pour sa réforme des rythmes scolaires? Non. Pendant que l'école se délite, il encourage des gens déjà retraités faire le même boulot.

Il y a quelque chose de pourri quelque-part...






lundi 25 mars 2013

La manif contre le mariage pour tous, troisième épisode.

Il paraît qu'au sortir de l'hibernation, les ours commencent par péter très fort. A tel point que leurs pétarades résonnent dans la montagnes et les paysans roumains y voient le signe de l'arrivée du printemps.
Les oursonnes pètent aussi et en plus, elles se réveillent avec un marmot-ourson, né pendant l'hiver, alors qu'elles ronflaient.
Maintenant, une petite devinette: quelle est la différence entre les ours et moi?
.....
???
Je me réveille d'une hibernation longuette.
C'est le printemps.
Je défend à quiconque de prétendre que je ronfle.
Il est bien entendu qu'aucune de mes connaissances n'aurait le mauvais goût de continuer plus avant les comparaisons.

C'est ainsi qu'hier, bien réveillée et chaudement vêtue, pour la troisième fois, je m'en suis allée déambuler à Paris pour râler contre ce "mariage pour tous"stupide, démago, mal-à-propos et dangereux dérivant. Deuxième bonne raison: j'en ai soupé, de ce gouvernement d'incapables arrogants qui complète le boulot de Sarko en nous menant tout bonnement à la ruine. L'envie me démangeait d'aller le leur dire en face. Troisième très bonne raison: j'étais curieuse de voir ce qui allait se passer.
Dernière excellente raison: c'était aussi l'occasion de retrouver ma chouette bande de copains, Vlad, Boutfil et Corto et d'en découvrir d'autres très sympas: La Mouette rieuse, Regard Naïf, La Plume à Gratter, le Plouc Emissaire. 

Voilà ce que j'ai vu et entendu.

Même foule compacte qu'aux derniers rassemblements, même public familial mesuré et poli, mais moins bon enfant. J'ai noté la présence de personnes très âgées, marchant vaillamment, soutenues par les leurs. Certaines en fauteuil roulant. C'était émouvant.
Quelques familles musulmanes arboraient des pancartes en français et en arabe: "On est avec vous".
Moins de sourires, des visages plus graves. Des drapeaux bleus blancs rouges. Tous convergeaient vers la porte Maillot avec une détermination plus silencieuse.
Beaucoup plus de signes d'amitiés et de banderoles aux fenêtres, aussi.

L'avenue Charles de Gaulle, entre La Défense et la porte Maillot était noire de monde. Cinq kilomètres d'une foule serrée et même agglutinée, car les organisateurs nous empêchait d'avancer.


Là, pas de musique ni de fanfreluches agitées comme au carnaval, mais des appels angoissés au calme et au recul.
Personne ne voulait reculer.
Les gens en avaient clairement assez d'être considérés comme une poignée de gêneurs. Deux manifs fourrées sous le tapis et une pétition expédiée comme un rot discret, c'était trop.
Les gens immobilisés là ne pensaient qu'à une chose: avancer jusqu'aux Champs Elysées et être entendus. "Non au mariage pour tous" mutait à vue d'oeil en un "Hollande démission", "Du boulot pour nos enfants", "Taubira casse-toi".

Finalement, nous avons décidé, comme pas mal d'autres, de nous glisser vers l'avenue Foch. Il nous semblait dangereux d'être pris dans cette foule grossissante et coincée là et nous voulions tenter d'atteindre les Champs Elysées par la face ouest.
Là, nous avons eu la surprise de voir certaines rues barrées par les organisateurs eux-mêmes. J'ai entendu grommeler qu'ils faisaient le boulot des CRS.

Après une pause dans un café, à deux pas de l'avenue Foch, nous avons cru à un repli. C'était confus: des gens avançaient, d'autres faisaient demi-tour. Au loin, nous apercevions les lumignons des CRS qui barraient la place de l'Etoile et sur la place, des silhouettes  déambulaient comme à la promenade. Certains s'étaient donc glissés jusque dans le sanctuaire interdit.

C'est alors qu'à proximité de l'avenue des Champs Elysées, Ô surprise! On nous y a dirigés tout tranquillement. Elle était ouverte! Des voitures y circulaient encore et les conducteurs nous faisaient des signes d'amitié, alors qu'on leur bloquait le passage. C'est à cette occasion que pour la première fois, j'ai vu un taxi aimable et empressé à laisser passer les piétons. Un événement.
Nous sommes descendus, mi-étonnés, mi-méfiants, vers le rond point des Champs Elysées. Bien évidemment, un solide barrage de CRS en barrait l'accès et pas question de passer.
Là-haut, vers l'Etoile, la foule qui semblait bloquée, stagnait.
Petit à petit, l'espace autour de nous s'est peuplé. Plus de jeunes, mais toujours des vieillards, des familles et des entre-deux, comme nous. Et puis aussi beaucoup de journalistes, caméra à l'épaule.
Une poignée de jeunes types déplaisants, qui cherchait la cogne faisait face aux CRS. Classique.

Il y a eu quelques jets de bombes lacrymogènes.
J'ai aperçu un homme à terre, au milieu des CRS.
Des renforts sont arrivés le long de l'avenue et la foule s'est agitée. Le bruit à couru qu'ils avaient donné des coups de matraques au passage...

Pendant ce temps-là, d'autres manifestants sont arrivés sur le ronds point-même, derrière des CRS, pris en sandwich.
A aucun moment je n'ai vu des parents se servir de leurs enfants comme de boucliers humains.
Les agitateurs dont on nous rebat des oreilles, j'en ai vu très peu. Aucun doute que nous nous trouvions dans un secteur assez stratégique et ils étaient à tout casser une vingtaine, plus en position de face à face qu'autre chose.
La Marseillaise a été entonnée plusieurs fois et les CRS avaient l'air bien embêtés.
J'ai causé longuement avec un monsieur fort intéressant, économiste de son état et un temps chargé de la gestion des comptes de ces messieurs les sénateurs. Guère optimiste sur la manière dont nos dirigeants successifs mènent nos affaires. Féroce, même. Je sais désormais où les gens commencent à planquer leurs deniers: en Allemagne. Bon à savoir.

Vers 19h, frigorifiés et le nez qui chatouillait un peu à force de respirer l'air rendu épicé par les lacrymo, nous sommes tranquillement rentrés, contents d'avoir accompli notre devoir.

Si une quatrième manif est organisée, j'y retournerai. Il est grand temps que les pieds nickelés qui nous tiennent lieu de dirigeants regardent la réalité en face.
 Et vous savez quoi? Je parie qu'on sera plus de 300 000 !*



* Plus d'un million de personnes, en réalité. Le préfet de police de Paris avait bu.


mercredi 6 février 2013

Jury d'assises - Quand c'est fini.

Me voilà définitivement revenue d'entre les juges et les condamnés.
J'ai beau être solide, j'ai mis quelques jours à m'en remettre.
Je m'en vais donc livrer ici quelques conseils de baroudeuse et quelques souvenirs marquants. On ne sait jamais, ça peut vous tomber dessus un jour.

Comment garder la santé?

Pour commencer, j'ai dormi, dormi et dormi encore, d'un sommeil plein de rêves bizarres.

Conclusion: une session d'assises, ça fatigue son juré.
C'est exténuant de rester assis et impavide des heures durant, sans boire, dans un tribunal surchauffé. Avec ça, hors de question de rêvasser: tout, absolument tout doit être entendu et digéré.

Conseil, si ça vous arrive: dormez la nuit, mangez sainement, ayez toujours de l'eau à disposition dans la pièce derrière et faites des génuflexions ou les pieds au mur dès qu'on vous donne l'autorisation de vous débrailler un peu. Eventuellement, prenez des vitamines. 

Comment je suis devenue juge? 

J'ai observé qu'il n'était pas si facile de se détacher de ces vies fracassées qui viennent s'échouer là, sous nos yeux, offertes.
Pendant des journées entières, il nous a fallu TOUT entendre et tâcher de comprendre. Quand je dis "tout", c'est "tout". Les magistrats ne font pas dans l'approximation: ils veulent connaître les plus petits détails et appellent un chat un chat. Le temps est compté.
Alors, quand il s'agit de s'assurer de ce que l'accusé entend par "fellation", "sodomie", "craquement" (d'une côte tranchée au couteau), ils n'y vont pas par quatre chemins.
S'il faut regarder les photos de blessures mortelles, pour entendre clairement ce que vient de détailler le médecin légiste par le menu, on les regarde.
Quand un accusé s'écroule et demande pardon, dans un silence de mort, à la mère de celui qu'il a tué, pas question de s'attendrir. Sincère ou pas, il a tué néanmoins et il faudra le juger sans s'émouvoir. Sur des faits et des certitudes. Or parfois, souvent, c'est impossible d'être tout à fait sûr. La certitude absolue n'existe pas. Il convient alors de s'en approcher au plus près, et c'est comme ça que l'une des délibération a duré jusqu'à minuit passé (d'où l'intérêt des vitamines).

Quand un autre, engoncé dans ses contradictions, tutoie le président du tribunal, s'estime lésé par le dédommagement accordé à une précédente victime et la menace ouvertement de représailles, et se met à invectiver ses victimes présentes en les traitant de "bouches à pipes", surtout ne pas rire. Ne pas sourciller. Difficile de ne pas ensuite considérer celui-là comme une ordure irrécupérable, même si on en a très envie.
Car, quand arrive le moment de décider d'une peine, on tient le sort d'un homme entre nos mains. Et même si cet homme a commis un crime, à ce moment-là, on est face à sa conscience. Bienheureux sont les jurés d'aujourd'hui, qui ne condamnent plus à mort.
Il faut tâter la qualité du silence lorsque vient le temps de dire à quelle peine on pense. Le premier qui se lance est accueilli comme le messie, parce qu'il libère les autres.

Conclusion: lors d'une session d'assises, on touche le fond. On entend des choses terribles. Il est important de se cuirasser, sinon, c'est insoutenable. On n'est pas là pour sangloter en se mouchant, on est là pour juger. Et puis tout le monde vous regarde.

Conseil 1: parler. Pas besoin d'aller raconter le détail de ce qui s'est passé dans la salle des délibérés (secret total là-dessus) pour se soulager l'âme. J'ai soûlé tout le monde avec mes histoires de tribunal pendant quinze jours et c'est comme ça que j'ai tenu bon.

Conseil 2: si ça ne va vraiment pas, ravalez votre fierté et dites-le au président du tribunal. Il est assez aguerri pour se rendre compte qu'un juré qui craque ne donnera rien de bon. Il vous dispensera et nommera à votre place un des deux jurés remplaçants, toujours tirés au sort si une affaire dure plus d'une journée, au cas où.
Nota bene: un président de tribunal est un fin connaisseur de la psychologie humaine. Alors n'espérez pas non plus le filouter pour aller baguenauder pendant que les autres se farcissent les rapports de flics ou les énième témoin: c'est perdu d'avance.

Comment j'ai découvert la scène et les coulisses d'un monde?

Le déroulement d'un procès, c'est un vrai cérémonial. Le décor rappelle un temple protestant, austère, nu et vaste. Les affûtiaux de magistrats les rendent aussi lointains et théâtraux que des semi-divinités.



Les us et coutumes de l'endroit renforcent encore l'impression de distance: le moindre échange de paperasse est ultra-codifié, on parle un français d'une correction et d'une précision admirable (effet de contraste avec le français du commun des mortels), on se lève comme à la messe quand la cour se présente ou s'en va. Les uns et les autres prennent la parole dans un ordre précis...
C'est ainsi que face à cette impressionnante machinerie, nous avons vu un témoin, caïd muré dans une omerta de bon aloi, se décomposer doucement. Transpiration, tics nerveux et finalement, il a été trahi par des mots. Ils ont fusé malgré lui.
Et quand deux avocats se prennent le bec, on a beau savoir que c'est du théâtre, ça se laisse regarder.

Les coulisses, c'est autre chose. Les demi-dieux redeviennent des hommes. Ils vont aux toilettes, boivent du café. Les toges tombent. Ils nous expliquent où sont les bons restaus et comment accéder au coin des micro-ondes sans se munir d'un fil d'Ariane. Un vrai poème, les sous-sol du tribunal.


Suivre semblables affaires crée des liens et il est étonnant que très vite, les magistrats nous considèrent comme des leurs. Nous voilà rendus à partager souvenirs et anecdotes, et à rigoler franchement.
Je donnerai cher pour revoir le président, dans sa toge rouge, imiter des accents bigarrés pour rendre plus vivantes certaines de ses histoires.
Ces gens ont des horaires de forçats. En réalité, il n'ont pas d'horaires. J'ai été stupéfiée de leur conscience professionnelle, de leurs qualités humaines, dans de pareilles conditions de travail. Chapeau.

Les avocats, c'est autre chose.


Je les ai observés de plus loin. Une chose est sûre: parmi eux, il est de véritables génies. J'ai eu la chance d'assister à une plaidoirie absolument renversante.
Il existe aussi de parfaits plumitifs. Celui d'un des accusés était d'une nullité si crasse, d'une telle ignorance des lois et des règles, d'une telle absence d'humanité, que nous -jurés professionnels et simples mortels- nous sommes ensuite demandés d'où il tenait son diplôme. Il a passé son temps plongé dans son dossier que visiblement, il découvrait et le client a fini par prendre en main sa propre défense. Bien lui en a pris.
J'ai gardé en mémoire le nom de ce désastreux personnage pour le fuir.
Celui du génie flamboyant aussi, je l'ai gardé en tête, si d'aventure je dégomme mon voisin.

Conclusion: les magistrats sont plutôt des gens bien, mais aussi des maîtres du décorticage. Quant aux avocats, méfiance. Surtout s'ils font beaucoup de pub sur le net.

Conseil 1: Si un jour, vous faites une grosse bêtise, jouez franc jeu d'emblée. Allez chez les flics et déballez le morceau tout entier. Tout va être consigné, analysé, recoupé et si quelque-chose cloche, vous êtes à peu près certain de vous prendre les pieds dans le tapis (et quelques années de plus).

Conseil 2: Le jour où vous recevrez votre convocation pour être juré d'assises, réjouissez-vous plutôt.

Si c'était à refaire?

Oui

Ça en vaut la peine. A condition de connaître ses limites.



dimanche 27 janvier 2013

Jurée d'assises à Bobigny- Episode 2

Jour du tirage au sort.

La neige a un peu fondu. Nous avons dormi plus longtemps et nous sommes un peu moins hagards que la veille. N'empêche que la tension est là, encore. C'est aujourd'hui que les choses sérieuses commencent.
L'avocat général est assis, à nous jeter des coups d'oeil rapides, très discrètement. L'avocat de la défense aussi, absorbé par ses dossiers, qui nous décoche des coups d'oeil éclairs, mine de rien.
Moi, je lis mon bouquin en en faisant autant. Un point partout.
Récuseront, récuseront pas?

Des gens attendent aussi: curieux? Amis? Famille des victimes ou de l'accusé?
Tout le monde s'observe en douce et derrière moi, j'entends une petite jurée avouer à sa voisine qu'elle crève de frousse et qu'elle a mal au ventre.

Arrive l'accusé, entre deux policiers. Il est en détention, donc sous haute surveillance et installé dans un box, juste derrière son avocat. Un jeune gars à l'air sombre, inculpé de viols aggravés. Tout le monde le regarde, franchement d'abord, moins franchement ensuite.

Coup de sonnette. Le président entre, tout le monde se lève.
L'huissier lui apporte une urne. La greffière fait l'appel et les étiquette au nom des présents passent dans la boîte.
Ce cérémonial du tirage au sort tient à la fois de la cérémonie religieuse et du jeu d'anniversaire à un goûter d'enfants. C'est un jeu sérieux.
Farfouillage dans l'urne dans un silence de nuit saharienne et c'est parti: juré numéro 1! La dame se lève avec ses affaires, la mâchoire serrée et va s'asseoir sans dire un mot à droite d'un des assesseurs. Numéro 2. Une mamie voilée, aussitôt récusée par l'avocat général.
Je serai le juré numéro 3, pas récusée.
Tout le monde se demandera pourquoi tel ou telle a été récusé(e). Mystère.

Nous voilà au complet: le président et ses deux assesseurs, les six jurés, cinq femmes et un homme, et deux jurés remplaçants, au cas où.
C'est une impression particulière de se trouver assise en hauteur, surplombant non seulement une salle, mais des gens exposés aux regards, en position de juge.
Il nous est interdit désormais d'afficher la moindre expression interprétable et de passer par la salle du tribunal. A nous la joie des couloirs labyrinthesques, réservés aux initiés! Au moins découvrons-nous des machines à café moitié moins chères que celles du tout venant. C'est toujours ça de pris.

Chose surprenante: les magistrats jurés nous traitent désormais d'égal à égal avec eux. La causette, dans la salle de délibération où nous nous retrouvons pour les rares pauses, s'engage prudemment d'abord et à la bonne franquette très vite. Le langage devient moins soutenu, on plaisante volontiers. Les robes de magistrats ne nous intimident plus du tout.
Dehors, pas le droit non plus de causer à tort et à travers: les oreilles traînent partout et il faut se taire sous peine d'ennuis sérieux.

Nous avons eu de la chance: l'accusé est un spécimen exceptionnel. Un gars incapable de mesurer son langage, allant jusqu'à tutoyer le président, jusqu'à menacer une précédente victime de représailles, incapable d'exprimer le moindre remords et encore moins de se rendre compte qu'il avait commis des choses abominables. S'il n'avait pas fallu entendre le témoignage, poignant et terrible, des victimes, ces jours auraient été franchement divertissants. Seulement là, c'était du réel. Pas du cinéma.
Là, les parents de l'accusé étaient dans la salle, effondrés.
On ne nous a fait grâce d'aucun détail.
Tous les témoignages ont été entendus avec la plus grande attention, aussi bien celui des policiers, des experts, que des témoins, même taiseux. Visiblement dans les "quartiers", on lâche les mots avec précaution, quand bien même on est devant un jury d'assises et que le tremblement de vos mains, la sueur qui vous inonde ou les tics nerveux trahissent votre gêne intense.
Tout devait être exposé, décortiqué, analysé.
Rien n'a été laissé au hasard.

J'ai pris trente pages de notes. Indispensable pour y voir clair au moment des délibérations, car le dossier n'est pas consultable. Notre jugement doit porter uniquement sur ce qui a été dit.
Tout a été détruit ensuite: rien ne doit rester de ce qui s'est dit à ce moment-là. La délibération est un grand secret, qui s'élabore pendant un minimum de quatre heures.
Deux grandes questions se posent alors: l'accusé est-il coupable et de quoi?
Si oui, quelle peine lui infliger?
C'est à nous, jurés, de le déterminer en notre âme et conscience.

Après une attente si longue, je vous laisse imaginer la qualité de silence lorsque nous sommes réapparus dans la salle pour rendre le verdict.
L'accusé attendait, debout au milieu d'une équipe de policiers renforcée, au cas où.
Dans le public, personne ne bougeait.

Il a été condamné à quinze ans fermes, assortis d'une obligation de suivi psycho-judiciaire de huit ans.
Pas un murmure.
Les policiers l'ont emmené et ça a été fini.

Le lendemain, nouveau tirage au sort. J'ai encore été choisie...

J'y retourne demain.












Me voilà jurée à la cour d'assises de Bobigny. Episode 1

Depuis lundi matin, je passe mes journées à Bobigny. Plus d'horaires, le temps s'écoule au gré des auditions, tirages au sort, pauses, délibérations: je suis jurée d'assises.

C'est aussi pour cette raison que j'ai abandonné toute vie sociale cette semaine et déserté mon blog.
Les journées durent très longtemps, dix à douze heures et le soir, c'est un peu difficile de revenir dans le monde réel.

Aujourd'hui, samedi, j'ai dû faire les courses pour toute la semaine, ranger, nettoyer. Tout était laissé en plan, faute de temps. Et puis j'ai dormi. Après avoir flotté une partie de la journée dans un brouillard où mes deux mondes se téléscopaient, j'ai fini par sombrer dans une sieste épaisse d'où j'ai émergé dans mon monde normal.
Ne croyez pas que j'exagère. La brutalité du contact avec la prison, le crime, la crudité des témoignages, l'orchestration quasi religieuse du procès, l'extrême concentration qu'il faut tenir pendant des heures, assis sans bouger en affichant un visage sans émotion, la distorsion du temps (il n'y a pas de pendule dans la salle d'audiences), tout cela vous parachute dans une autre réalité.
Les magistrats, eux, jonglent avec. Ils passent de l'une à l'autre.
Nous, simples jurés, n'y parvenons pas. C'est impossible.

Je suis arrivée au tribunal lundi matin, après avoir pataugé dans la neige sale. Par chance, quelques bus s'étaient timidement remis à circuler.
J'avais prévu large, de peur d'être en retard. Le jour se levait tout juste.


La salle était encore vide. J'en ai profité pour prendre une photo furtive, ne sachant pas trop si j'avais le droit de le faire ou pas. Quelques personnes étaient déjà là, silencieuses.


Tout le monde avait visiblement le trac. J'ai extrait un livre de mon sac, pour éviter de céder à la tentation de dévisager les gens. Pour contrôler mon propre énervement, aussi.
Deux personnes en robe noire sont arrivées. La greffière et l'huissier: Vérifications, brèves questions, paperasses.

Enfin, un monsieur en robe rouge est entré théâtralement de derrière le grand bureau central, par une porte invisible une fois fermée. Il a fallu se lever. C'était le président du tribunal, celui qui allait tout orchestrer.

Ce monsieur était remarquablement clair et pédagogue. Soupir de soulagement. Nous aurions affaire à un être humain et pas à un personnage bouffi de son importance ou à une créature éthérée et solennelle.

Il a fallu que les gens qui souhaitaient être dispensés viennent à la barre et pour la plupart, répondent aux questions du président. Rien d'inquisiteur là-dedans: il s'assurait en quelques minutes que le motif invoqué était bien valable ou qu'ils empêchaient bien la personne de siéger tout au long de la session.
Il y a eu beaucoup de dispenses: garde de parent âgé, santé, résidence à l'étranger, impossibilité pour un responsable de PME de lâcher son entreprise... Il est resté vingt-deux jurés titulaires sur trente-cinq convoqués!

La matinée s'est passée ainsi, à expliquer comment les choses allaient se dérouler, quel serait notre rôle, où se garer, et ce genre de chose. A 13h, nous étions déjà épuisés.

L'après-midi, ceux qui le souhaitaient étaient attendus à la prison de Villepinte pour une visite. Il avait recommencé à neiger, l'ambiance était lugubre à souhait. Il ne manquait plus que des corbeaux et des pendus.


En ce qui concerne les vérifications pour entrer dans cette jolie bâtisse, ça ne rigolait pas. Il a fallu enlever ceinture et chaussures, laisser les sacs et les téléphones mobiles dans une salle fermée. Rien dans les mains, rien dans les poches.
C'était un rien décalé, de se balader ainsi en troupeau guidé dans un endroit pareil. Le sommet a été atteint devant l'atelier de fabrication de pochettes de nécessaire à manger (couverts en plastique, serviette...) que des détenus confectionnaient de leurs mains expertes pour le compte de la SNCF en nous lançant des regards en biais. Entre eux et nous: une grille du sol au plafond. On se serait crus dans un zoo. C'était très déplaisant et j'ai préféré regarder le mur derrière moi.
Ensuite, à l'atelier de peinture et revêtements de sol, plus de grille. Ouf! Mais une odeur persistante de solvants et évidemment, aucun masque. Le prof de peinture nous a servi un discours bien rodé d'une voix forte, où il était question de livret personnel de compétences: on se serait crus à l'école. C'était le même langage pédago suintant de fausseté.

On nous a montré beaucoup de choses: une cellule normale, une cellule d'isolement, la bibliothèque, les salles de classe, les couloirs gelés d'où l'eau gouttait parfois du plafond, les cours où les détenus faisaient les cent pas sous la neige, guettant les "colis" jetés de l'extérieur, les salles de parloir aux vitres sans rideaux et où les détenus reçoivent éventuellement leur petite amie. A ce propos, le surveillant nous a dit qu'il était philosophe et qu'il préférait les" laisser faire", même si c'était interdit. "Comme ça, les gars sont calmés pour une semaine". Mais certains, plus intransigeants, les "empêchent de se toucher".
Partout, des grilles, des portes qui s'ouvrent dans un "clac!" sonore en obéissant à des signaux mystérieux. Les détenus sont presque tous d'origine maghrébine ou africaine, les gardiens presque tous antillais ou chtis. Part égale de gars souriants ou murés. Coexistances forcées...
Ce que nous en avons vu semblait bien réglé, presque harmonieux. Illusion.
Les gardiens sont très souvent frappés.
Les détenus reproduisent en prison les règles de la pègre. Les gros trafiquants et les braqueurs sont en haut de l'échelle. Les pédophiles tout en bas, à tel point qu'il faut les isoler des autres.
C'est à ce moment qu'un détenu a dit quelque-chose à travers la porte de sa cellule. Nous étions dans le couloir, sans penser qu'il nous écoutait. Une imbécile de future jurée n'a rien trouvé de mieux que de lui lancer en parlant du gardien "il a dit que t'étais pédophile!". Elle s'était déjà fait remarquer, mais là, elle se surpassait.
Tous ont des téléphones mobiles planqués, du shit. Beaucoup ont des couteaux en céramique. Ça ne sonne pas au contrôle.
Mais comment voir tout ça?

Nous ne rencontrions que des regards réjouis et vaguement insistants. Villepinte est une prison d'hommes. Ce troupeau de bonnes femmes, assorties de quelques mecs un peu perdus, devait les émoustiller un peu ou leur rappeler leur maman. Sauf la conne à la langue trop longue. Celle-là, elle la jouait grande soeur, toute en finesse.

Après moultes grilles et portes à "clac", nous sommes ressortis de cet endroit bizarre, censé nous donner une idée de ce qu'était la prison.
Pas sûre d'en savoir beaucoup plus.


jeudi 30 août 2012

La main dans le sac, ou plutôt cu rata-n gura

Autant le dire en roumain, puisque c'est de ça qu'il s'agit.

C'est terminé: je vire monolithe intolérant.
Je crache.
Les Tziganes commencent à me croquer la rate. 

Bien entendu, je parle des voleurs de poules et de sacs à main.
Pas des valeureux chevaliers de la route, ni des nobles violoneux, ni surtout des belles sorcières qui froufroutent nerveusement des danses lascives. Ceux-là sont nos amis et nous les aimons très fort.

Bien sûr.

Va pour le groupe Taraf des Haïdouks. Et encore... lors de leur dernier concert à Gonesse, le violoniste vedette, Caliu, qui s'est clairement pris la grosse tête a failli planter là tout le monde parce que le réglage des amplis ne le mettait pas assez en valeur. Il a fait la tronche toute la soirée en bâclant son affaire et n'en avait absolument rien à secouer du public. Le Kocani Orkestar était là aussi, heureusement. Visiblement gênés par les gesticulations de l'autre et son mépris pour la salle, ils ont mis les bouchées doubles.
Mais hier, dans le métro, à la station Saint Michel, il n'était pas question de ça, car le public était scruté.


Mes deux filles devaient faire recharger leur carte de transport. Chacune à sa borne, la grande avec moi.
Comme elle en avait terminé la première, nous sommes allées rejoindre la petite qui était à deux pas.
Ils étaient quatre. Tous du peuple-épris-de-liberté-qui-joue-du violon. Maigrichons, autour de quatorze ans et en maraude.
Moi, je n'ai pas vu, parce que tout est allé très vite. Mais ma fille aînée, elle, avait eu le temps de voir celui qui fumait mettre la main dans le sac de sa soeur, occupée discuter avec sa borne.
Fébrilement, nous la questionnons: plus de téléphone portable.
Les quatre dieux-de-la route-en costume-de-lumière voyous s'étaient déjà un peu éloignés et comme un seul homme, nous les avons hélés assez fort en nous avançant vers eux. Ma fille cadette était restée en arrière, fourrageant rageusement dans son sac à main.
Ils se sont arrêtés net au lieu de s'enfuir. Etrange.
Le fumeur aux doigts d'anguille (si tant est qu'elles aient des doigts) nous a tendu son sac sans rien dire. Il ne contenait qu'un téléphone mobile. Pas de raison de s'enfuir: on les a dressés à économiser leurs forces, aussi.
Persuadées que l'un des complices avait planqué la pêche du petit gommeux sur lui, nous nous apprêtions à les bloquer tous d'une manière ou d'une autre. Ils étaient plutôt mous et malingres. On pouvait les coincer.
C'est alors que la petite, rouge comme une cerise, nous a dit qu'elle venait de retrouver son téléphone.

Sans notre rendez-vous, on aurait appelé la maréchaussée. Mais le temps pressait et on les a laissés filer. A regret.
Après tout, on aurait pu lui piquer son téléphone. Il aurait vu ce que ça fait.