samedi 8 avril 2017

Mon jardin de balcon

Pendant plus de vingt ans, j'ai vécu avec un jardin.

Deux jardins, en réalité, parce que j'ai déménagé. A chaque fois, il m'a fallu le recréer de fond en comble, pour qu'il vive sa vie gentiment. Je ne le conçois pas comme un espace végétal forcé, où les plantes sont installées là parce qu'elles décorent, à grand coups de produits chimiques dans le fondement. Le jardinier passe son temps à batailler contre maladies, insectes ravageurs, mauvaise volonté des plantes qui crèvent ou ne poussent pas. Pas mon truc du tout.

Et puis, j'aime les oiseaux, les hérissons, les petites bestioles qui trottinent et buzotent partout.
Si les plantes se sentent bien, moyennant une surveillance tranquille des mauvaises herbes, elles se développent comme il faut et le jardinier n'a plus qu'à les regarder feuiller, fleurir et odorer.
Il convient donc de choisir les espèces adaptées au lieu et pas l'inverse.
Les plantes, ça s'invite.
Ça ne s'impose pas.

 Et puis j'ai déménagé à Paris.

J'ai laissé mon jardin bruissant et décidé de reconstruire un petit espace feuillu sur mon balcon. Comment passer de 300 mètres carrés en pleine terre à un lambeau de béton exposé plein nord?

J'ai trimballé pas mal de choses du jardin jusqu'ici: de la terre, des pots, des plantes costaudes: campanules des Carpates qui attendent de fleurir,


aspérules, valériane, passiflore, des boutures de chèvrefeuille (là-bas, tout au fond) qui ont bien grandi,

 le fuschia magellanica riccartonii (il se refait une beauté après le gel de l'hiver), des bulbes de tulipes et de narcisses,


des iris de Sibérie, des framboisiers, des géraniums sauvages,


des heuchera,


muguet, diverses graminées... Là, je parle de tout ce qui tenu le coup. Même l'azalée a déménagé.


J'ai acheté quelques giroflées, deux rosiers d'ombre, des clématites dont une seule a daigné s'installer,
 investi dans un mini composteur de balcon et je bichonne tout ce qui y vit, même les limaces.


L'ortie n'a pas été chassée: elle attire les papillons et ses graines, mélangées à du miel, sont (paraît-il) aphrodisiaques. Et puis j'aime bien la dentelure des feuilles.
L'hiver, je drape mes petites plantes dans des voiles de protection.
Je surveille que l'eau ne stagne pas trop longtemps au pied, l'été, j'arrose beaucoup.
Au printemps, je rempote, je transplante, je donne des becquées de compost...les plantes en pot sont beaucoup plus fragiles, il faut vraiment les bichonner.

Moyennant quoi, tant bien que mal, mon jardin de balcon existe et se développe doucement. Un merle et des mésanges me rendent visite de temps en temps et les corneilles, qui sont des habituées, viennent me réclamer leur petit-déjeuner quand j'ai un peu tardé à leur laisser les reliquats de viande. Les escargots se planquent sous les poireaux que je laisse par terre en attendant de faire de la soupe. Mon compost est plein de fourmis et de vers de terre.

Mon jardin de balcon vit et c'est un petit miracle.






11 commentaires:

  1. j'ai pas de balcon et c'est un grand regret, mais j'ai des fenêtres et comme toi, je cultive, ça pousse un peu n'importe comment, c'est fleuri,c'est beau et ça rend heureux

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  2. Les fenêtres sont des mini-balcons. Ça suffit à rendre heureux qui sait se réjouir de voir fleurir ses petites plantes.
    Bises de printemps!

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  3. J'avoue ne pas avoir la main verte. C'est une blessure narcissique que je me traîne...Autant avec les animaux, mes antennes sont toutes déployées et ça me réussit, autant avec les plantes, je navigue dans le foog, les yeux bandés, avec l'échouage pour objectif final.

    Un jour, j'ai filé mon azalée qui dépérissait à ma grand-mère qui l'a replantée dans un seau en plastique. Deux ans plus tard, l'azalée s'était transformée en arbuste. Elle avait la main verte, point final.

    22 ans d'appartement n'ont pas arrangé ma médiocrité végétale. Le plus aberrant dans cette histoire est que je n'ai jamais supporté le bitume. Par un curieux concours de circonstance, je renoue depuis peu avec les jardins. C'est une seconde chance qui m'est donné d'investir dans le végétal : peut-être le secret est-il de prendre part et non de dominer. J'ai investi dans un composteur tout simple, mais j'ai l'impression de participer à la mystérieuse chimie de la nature et d'apporter ma quote-part à quelque chose qui me dépasse totalement.

    Sans vouloir me la ramener, j'ai remarqué que les mains vertes sont souvent des "Taureaux", "Vierges" ou "Capricornes", signes de terre. Bon, je ne fréquente pas non plus tous les signes du zodiaque...faudrait pas charrier sa race...mais c'est une de mes constatations. Faudrait que je me plonge dans mon bouquin d'astro pour connaître le fin mot de cette histoire.

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    1. Le secret est effectivement de prendre part et de rester modeste face aux plantes. Tu as tout compris.
      Sinon je suis Verseau. Ah zut! Pas un signe de terre!

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  4. Non, mais ne joue pas les blondes avec moi, la Rousse ! J'ai cru me souvenir que tu as une magnifique Vénus en Taureau...mais j'ai oublié la maison. C'est pas de la daube zodiaquale, ça ! Plaisirs terrestres doublés d'un sens du culturel et de l'art, Wesh !

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    1. Oula! Je ne joue pas les blondes, je n'y connais rien, moi à ces mystères-là!

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  5. Quand tu m'as dit que tu quittais ta maison j'ai tout de suite pensé à ton jardin, évidemment tu avais de quoi te consoler de sa perte hihi. Bravo tu t'en sors bien, incroyable la quantité de plante différentes que tu as, tu en parles avec beaucoup de tendresse, je suis ravie pour toi. Que fais tu pour avoir des vers de terre ? A quel étage se trouve ton balcon ?
    En Serbie j'ai un grand potager que je m'obstine a garder, en Belgique j'ai mis des choses sur mon balcon, dans la maison pas de plante, elles meurent.
    Bisous


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    1. Les vers de terre étaient dans la terre que j'ai apportée de mon jardin. Comme les escargots et pas mal d'autres petites bêtes. Grâce au composteur, ils ne meurent pas et je les bichonne autant que je peux: pas de produits chimiques, aération de la terre des pots, éviter la stagnation d'eau au pied...Mon balcon est au 7ème étage.
      Je rêve de ton potager serbe. Garde-le surtout!
      Bises!

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    2. Garde bien ton potager surtout si tu peux y récupérer tes graines. Ca emmerdera la racaille internationale otan-onusienne qui entend mettre la main sur les génomes des végétaux et déclarer hors-la-loi tous ceux qui n'achèteront pas leurs cochonneries.

      Comme d'hab, les Serbes au balcon vont nous foutre le bordel dans notre Europe bien empotée.

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    3. Cette affaire de mainmise sur les semences, c'est le scandale du siècle. Vu l'enjeu, je m'étonne du peu d'écho donné à cette catastrophe. Mon potager de balcon est bien modeste. Pas de quoi nourrir grand monde, à part quelques papillons.

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    4. Je suis profondément choquée par la main mise sur les graines, un scandale. Voilà une bonne raison pour descendre dans la rue.

      En Serbie les gens récupèrent les graines, font des échanges, cela m'a surpris et je fais comme eux maintenant.

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