mercredi 17 mai 2017

Ma vie d'artiste Kyogen

Croyez-moi si vous voulez, hier soir, j'étais au Japon.
Il y a six cent cinquante ans.
Autour de 1350.

Et là, vous vous dites que la pauvre Io, bien que gavée de vacances, en a pris un sérieux coup sur la cougourde.

Point!

Hier soir, une amie japonaise m'a invitée à une soirée d'initiation au Kyogen à la maison de la culture du Japon. J'ai sauté sur l'occasion. Le Nô, j'en avais entendu parler, mais le Kyogen, jamais. Alors j'étais fort curieuse et je n'ai pas été déçue.

L'endroit était à peu près vide à 18h30, lorsque nous sommes arrivées. Nous avons commencé par une expo gratuite et fréquentée par exactement trois personnes sur l'oeuvre architecturale de Junzô Sakakura. J'aurais bien aimé esquiver ça, mais la moindre des politesses était tout de même de ne pas commencer par un caprice. Pas si barbant que ça, Sakakura. Intéressant même. Et très connu, semble-t-il. Un disciple de Le Corbusier.



Après avoir pris une mini pause sur des chaises Sakakura (il s'est aussi préoccupé de ce détail),
 nous sommes passées en un éclair du dernier étage au troisième sous-sol de l'endroit avec le sentiment d'être englouties dans les limbes.

Là, un monsieur fort poli nous a accueillies avec les courbettes d'usage, nous expliquant l'essentiel, vérifiant nos billets (5 euros, pas cher pour une heure trente de kyogen) et nous guidant jusqu'à une porte en exactement dix secondes.
Une dame a pris le relais pour nous remettre un mystérieux document sur lequel figurait des syllabes. "Usagi - An no yama kara, kon no yama ae"...
Nous avons pris place sur des gradins, peuplé d'une vingtaine de personnes a majorité européenne, dont certaines à la dégaine bizarre. Le reste était Japonais, à la dégaine normale.
Au centre: une vaste scène étincelante, où attendait un homme, vêtu à la manière traditionnelle, dont je suis infichue de me rappeler le nom.


Dans un silence quasi religieux, il a entrepris de nous expliquer la symbolique de la scène, du pin qui constituait le décor et l'art du Kyogen. Une dame aux cheveux gris traduisait.

En résumé, le Kyogen, c'est le pan comique du Nô et le style a été fixé entre 1300 et 1400. Voilà pourquoi la chanson imprimée sur le fameux papier était en japonais dialectal et présentait sous forme de charade l'existence d'un lapin aux spectateurs." Usagi" veut encore dire lapin aujourd'hui.

Alors, le monsieur a entrepris de nous apprendre à chanter la chanson du lapin.
D'une voix claironnante, moitié psalmodie, moitié mélodie, faisant durer chaque syllabe, il vous a modulé ça de telle sorte que tout le monde est resté scié. Le silence a été total. Mais il a fallu se lancer en répétant de nos voix chevrotantes (et en japonais médiéval) la chanson du lapin.
Ann Nôôô Yaamâââââ Karaaaaa (la voix remonte en virgule aigue), Konnnnn Nôôô Yaaamâââââ Aaaaéé (re-virgule aigue). Et ainsi de suite.
La puissance comique de la chose tenait au choix du vocabulaire qui évoquait l'arrivée trottinante du bestiau oreillu et les onomatopées lapinesques: "Fu! Pu! To."

Le fils du monsieur, quinze ans grand maximum et aussi habillé à l'ancienne, avait rejoint son papa sur la scène et nous a collé la honte en chantant d'une belle voix assurée ce que nous-mêmes, nous essayions de bredouiller.

Ensuite, nous avons été invités à nous déchausser, à revêtir des chaussettes, pour monter sur cette vénérable scène du Nô et nous essayer à la danse du lapin.

C'est effrayant de difficulté.

Tout en chantant d'une voix d'outre-tombe la puissance comique de l'évocation d'un lapin qui surgit de la montagne en se trémoussant et agitant les oreilles, il convient de mimer au petit doigt près. C'est codifié à mort. Interdiction absolue d'improviser quoi que ce soit et, à part quelques saccades, tout va très lentement.

Le danseur tient un éventail fermé dans la main droite, qui prolonge son geste. "Ann Nôôô Yaamâââââ Karaaaaa", il faut glisser doucement et en rythme le pied gauche en oblique vers la gauche tout en chantant et lever lentement le bras droit armé de l'éventail pour évoquer la montagne qu'on voit là-bas. La main gauche, elle, reste collée au corps, poing serré mais pas trop. Et puis le pied droit rejoint le pied gauche. On se retrouve pieds joints. Ensuite, ça part à droite et ça continue jusqu'à "U! Sa! Giii! Jya!!" C'est un lapin.

Le jeu-danse du monsieur était évident et léger comme une plume. Nous derrière, de vrais tonneaux, mais ce n'est pas grave, parce que j'ai découvert un art d'une exigence et d'une grâce insondables. Le pouvoir comique de Kyogen, à mes yeux d'Européenne, en dit long sur le Nô qui lui, n'est pas comique et sur l'immensité du chemin qui reste à parcourir pour les comprendre.

                       Je n'ai trouvé que cette vidéo. Le monsieur d'hier était bien meilleur.

lundi 8 mai 2017

Macron: etymologie

Le nom Macron a une origine, comme tous les noms.
Je me suis amusée à fouiller pour en savoir plus et que nous révèle Google?

"Origine et étymologie du nom MACRON. Origine : "macron" est un nom de famille rare, forme contractée de maqueron, diminutif de maquerel, nom issu du moyen neerlandais makelaer, avec le sens de courtier, entremetteur ."

Trop beau! 
Alors j'ai regardé d'autres versions.

La Revue française de généalogie préfère parler de menton. Elle nous raconte doctement les origines de la famille d'Emmanuel lui-même en personne, sans histoire de maquereau: "porté par près de 300 foyers français (dont deux autres Emmanuel Macron), qui semble être issu du vieux mot picard maqueron, désignant le menton (proéminent) mais peut aussi avoir été un diminutif de l’ancien prénom Macquart (formé sur les racines magan (la force) et hard (dur)."  

Geneanet met tout le monde d'accord: "
Macron : Surtout porté dans la Somme et le Pas-de-Calais, c'est une forme contractée de Maqueron, Macqueron (même région). Le mot "maqueron" désigne en picard le menton, de façon péjorative (cf. Alcius Ledieu, Glossaire du patois picard de Démuin). Ce pourrait donc être le surnom de celui qui a un menton proéminent. Mais on pensera aussi, et peut-être surtout, à un diminutif du nom de personne Macquart (voir ce nom). M.-T. Morlet propose pour sa part une variante, avec un autre suffixe, de Maquerel, Macrel (voir ce nom), ce qui paraît moins probable." 

En somme, on oscille entre le gros menton disgracieux et la chafouinerie du maquereau.

Mais ce n'est qu'un nom.  Rien de bien grave.

Emmanuel Macron, par Gilles Morand, caricaturiste
 

jeudi 4 mai 2017

Cour de récré

Aujourd'hui, j'étais de service de récré.
En clair, je devais me planter dans un coin de cour pour scruter les môminets, sécher les larmes, mettre du froid sur les bosses et régler les différends.
Ce dernier point est le plus difficile à faire bien et juste, parce qu'il y a du bruit et qu'il faut faire vite.

Je profitais d'un éphémère rayon de soleil lorsque deux mignonnets de CP ont surgi dans mon champ de vision, très remontés l'un contre l'autre.

Le premier avait mal parlé à l'autre, qui avait pris la mouche.
Comme je tentais de comprendre le pourquoi du comment, histoire de rendre justice comme il faut, Môminet 1 dit soudain à l'autre: " Tu dis que des mensonges, d'abord!"
Môminet 2 rétorque, tout poil hérissé: " C'est pas vrai! C'est toi le menteur! Et puis d'abord tu as volé des billes à Louis!"
S'ensuit un échange crescendo.
-" Nan! Et puis toi, tu as des cartes et c'est interdit! Maîtresse! Il a des cartes! (Explication: il s'agit des cartes Nintendo ou autres qui ont fini par être interdites à cause des chamailleries sans fin qu'elles engendraient)
- Il a piqué des billes à Louis! Louiiiiiis!"
Et ainsi de suite, jusqu'à ce que je coupe court pour les prier de jouer gentiment, sans quoi, je me verrais contrainte de réquisitionner les billes coupables. Quant à Louis, je l'invitais à venir me raconter ses malheurs en direct, ce qu'il s'est abstenu de faire.
Louis préfère s'abstraire. Un prudent.

Allez savoir pourquoi, avec un brin de mélancolie, j'ai vu dans cet échange comme une évocation du débat politique d'hier soir.
Môminet 1 et 2, Marine Le Pen et Macron, même combat. 

Sauf qu'hier soir, se jouait l'avenir de notre pays.

Aujourd'hui, j'étais dans une cour de récréation et la hauteur des débats ne m'a pas semblé tellement plus élevée.