dimanche 3 septembre 2017

Ambiance de pré-rentrée et classes à trente

Demain, c'est la rentrée. Comme à chaque fois, nous nous la sommes préparée en assurant deux jours de pré-rentrée.
Qu'est-ce qui se passe pendant la pré-rentrée?

On se retrouve, on se fait la bise et on se raconte nos vacances en louchant sur le bronzage de Zaza qu'est encore partie en Thaïlande avec son jules qu'est plein aux as. Ensuite, c'est la course aux tables, chaises, seaux qui manquent. Là, l'ambiance prend un coup de froid, quand on s'aperçoit que notre grande table de fond de classe (ou fauteuil de bureau) n'est plus là, pendant que Zaza en a récupéré une (un) on ne sait où. Comme elle pétait la forme, elle s'est pointée un jour avant tout le monde et...bon, on n'accuse pas sans preuve. En attendant, la grande table, il faut lui trouver une jumelle et la monter au troisième étage avec l'aide d'un agent de service compatissant. Pour ce qui est des nôtres, deux se sont mis en maladie, les deux qui restent se tapent tout le boulot et c'est une sacrée purge, vu que l'école a plongé dès l'été dans une période de travaux maousses. La poussière a tout envahi, la nouvelle cage d'escalier est béante, le directeur n'a plus de bureau.
Plus tranquillement, il faut préparer le cahiers, les livres, le matériel. Organiser la rafale d'informations à envoyer aux mômes la première journée. Prévoir l'installation de tout ce beau monde dans une classe qui n'est pas extensible, de façon que le tableau soit visible de partout et que quelques places au calme puissent servir de sas de décompression aux agités.
Mieux vaut ne pas oublier de vérifier la connection informatique. Pour ma part, mes deux ordinateurs de classe se sont fâchés avec l'imprimante centrale. Je ne sais pas ce qui s'est passé pendant l'été, mais ils ont refusé énergiquement de s'y connecter. Va pourtant falloir tâcher moyen de se réconcilier, les petits gars, parce qu'il n'est pas question que j'use ma cartouche d'encre pour éponger vos chamailleries. J'espère qu'on va pouvoir régler ça en interne sans appeler au secours un gars de la Ville de Paris, sinon, il y en a pour six mois.
Pour orchestrer toute cette frénésie, il y a la réunion de pré-rentrée. C'est là que le directeur nous annonce à quelle sauce nous allons être assaisonnés à l'occasion de la nouvelle année scolaire.
C'est rarement sucré.
On navigue entre le doux-amer, l'amer franc et le pimenté.
Chez nous, ce sera très pimenté, parce qu'en plus des travaux qui vont nous assourdir, empoussiérer, enquiquiner toute l'année, nous avons eu la joie d'apprendre que le Rectorat exigeait trente élèves par classe. Trente c'est beaucoup (Je vais passer ma vie à corriger. Misère). Surtout chez les petits. Surtout dans des classes pas bien grandes.
Et pourquoi cette lubie?
Parce que Monsieur Macron a demandé la mise en place express de classes de douze en CP dans les écoles défavorisées et que le ministère n'en a pas les moyens. Alors on charge à bloc d'un côté pour alléger de l'autre.
C'est vrai que dans ces classes-là, c'est important de mettre le paquet. La presse a relayé, c'est bien. Mais quid des autres enfants dont tous, loin s'en faut, ne sont pas brillants?
Encore nous, nous avons de la chance, on ne nous ferme pas de classe. Ailleurs, si: à moins de 25 élèves en moyenne par classe, voir un peu plus, crac! On ferme. Ça permet de récupérer un poste.

Elles sont quarante-et-un. De quoi se plaint-on? Ce n'était pas tout à fait la même époque, ni les mêmes enfants. La classe "inclusive" n'était pas à la mode. Ni la télé. Ni les jeux en ligne. Ni les menus sans porc à la cantine. Ni la méthode semi-globale. Chapeau bas tout de même aux maîtres qui pilotaient ces classes-là.

Dans une classe type, environ un tiers d'enfants a du mal à apprendre. Réfléchissons aux conséquences dans un contexte où les redoublements sont désormais interdits.
Plus de vingt-cinq élèves en CP et CE1, c'est l'échec assuré pour un tiers des enfants.

Alors je pose la question: le jeu en vaut-il la chandelle dans ces conditions?
Mais foin de ces tristes réflexions!
Je m'en vais me pomponner pour accueillir dignement mes petits élèves. Manquerait plus que j'ai l'air déjeté.
Sempé  - Le Petit Nicolas




8 commentaires:

  1. C'est pas un métier, ça, c'est un sacerdoce !
    Pour les classes à 12, je me disais bien qu il y avait un truc, tu as apporté la réponse.
    Bon courage pour demain et pour tous les autres jours !
    bises

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    1. je me souviens que nous étions 40 par classe dans mon temps, on étaient pas plus brillants mais à l'époque, les baffes et les coups de pieds dans le cul nous faisaient rentrer le respect de la maitresse dans le crâne et la lecture en même temps , bonne rentrée ma belle et bon courage

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    2. Merci Corto. Ça s'est bien passé. Ce sont des crèmes en comparaison des terreurs de l'an dernier. Mais j'en ai déjà repéré trois qui sont largués et qu'il va falloir piloter. Sinon, ils vont s'écrouler l'an prochain et là, c'est la dernière ligne droite. Un sacerdoce? Parfois, oui.

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    3. Boutfil, quarante avec le respect des parents, un enseignement cohérent et des gosses éduqués, c'est gérable, même si c'est beaucoup de travail. Aujourd'hui, c'est autre chose. Merci!Ça y est, c'est reparti pour une année!

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  2. C'est tout ce que notre pauvre élite est encore capable de faire : déshabiller l'un pour habiller l'autre et nous prendre pour les cons qui ne verraient que dalle...

    N'est pas Mandrake qui veut !

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    1. Ben non. C'est bien pour dénoncer ce subterfuge sournois que je cause. Une fois de plus, ça se fait sur le dos des gosses, pendant que ces messieursdames les politiques se font mousser sur leur dos. Pas joli joli.

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  3. Elle s'est bien passée cette rentrée ? Je t'admire, un véritable sacerdoce. Toute leur vie les gosses vont se rappeler de toi :)

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  4. Cette histoire de classes de 12, c'est un peu comme nos impôts : j'enlève ici pour reprendre là.

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