jeudi 28 décembre 2017

Les aventures de la sarma. Premier épisode.

Voilà un an et demi, j'ai épousé un Serbe.
Je ne suis pas peu fière, parce qu'en plus d'être serbe, mon époux est beau, tendre, joyeux et attentionné.
En prime, je me suis trouvée initiée à la Slava familiale. La Slava, c'est la fête du Saint patron de la famille, Saint Nikola en l'occurrence. 

Sveti Nikola lui-même

A cette occasion, il convient de préparer  une montagne de victuailles pour un tas de gens. Seulement attention!
Pas n'importe quelles victuailles.
Pour ne pas déshonorer la famille, il faut faire des sarma en abondance.
Le béotien esquisse déjà un sourire: comment ça: "Il faut"? Eh bien oui, pas question de se rabattre sur une quelconque ersatz tout préparé de chez Picard ou autre mercenaire du tout fait. L'honneur chez les Serbes, ce n'est pas une plaisanterie et Dieu sait comment pourrait finir une Slava, et donc des sarma, bâclées.
Les sarma, ce sont des délicieux petits pâtés de viande enrobés d'une feuilles de chou fermenté.


Chaque famille a sa recette et veille jalousement à sa transmission. Chez les Serbes, on ne rigole pas avec la tradition.
Je suis moi-même d'origine normando-champenoise et ma culture de la sarma est pauvre.
J'ai donc consulté ma belle-soeur qui, maillon féminin du clan serbe, s'y connaît mieux.
Après une explication détaillée au téléphone, constellée de mots serbes désignant de charcutailles mystérieuses, je me suis crue armée. Pas d'agneau, pas d'ail, un peu d'oignon et des oeufs. Dobro (bien).
Erreur!
Ma belle-mère, également avertie de mes intentions, a précisé la chose: beaucoup d'oignon. Et puis elle a appelé la Serbie pour des renseignements à la source. Là-dessus, ma belle-soeur me rappelle. En fait, c'est beaucoup d'oignons, de l'ail et de l'agneau éventuellement.
Tout le monde était suspendu à mes sarma pas encore commencées et j'avais une pression terrible.
C'est là que mon tendre époux s'y est mis.
Il a eu peur de mon inexpérience et surtout, peur de manquer de sarma (l'horreur absolue). Alors il m'a accompagnée jusqu'aux Pavillons sous Bois, chez" Kod dva blizanca" pour acheter tout le nécessaire. Là, on s'est disputés parce qu'il n'y avait pas assez de" kiseli kupus"(le choux fermenté) et ma commande de viande lui semblait hésitante. Effectivement, je tâtonnais un peu, j'avoue.
Une fois revenus avec le chargement, il a fallu trancher, faire la part des choses entre la belle-soeur, la belle-mère et les copines serbes, me réconcilier avec mon cher mari et me jeter à l'eau.
Plus exactement, me jeter dans la viande. J'en ai acheté trois kilos chez le boucher: un tiers de veau (tendron), un tiers de boeuf (gîte) et un tiers de porc (échine), que je lui ai demandé de hacher. Cette viande, j'ai dû la préparer tout de suite. Nous étions samedi et la Slava, le dimanche en huit. Pas question de servir des sarmas avariées. Alors, j'ai fait frichtouiller deux gros oignons hachés, deux belles gousses d'ail dans un peu d'huile. Quand le mélange a commencé à brunir, j'ai ajouté les viandes, agrémentées d'environ 200 grammes de poitrine fumée-salée serbe hachée aussi, c'est à dire bien grasse. Tout ça touillé et bruni sur un feu vif.  En fin de cuisson, j'ai ajouté un bouquet de persil plat frais haché et une petite moitié d'un paquet de 1 kg de riz rond. J'ai saupoudré largement de paprika, de poivre noir (mais pas de sel) et j'ai laissé refroidir. Ensuite, j'ai tout fourré au frigo.

Quatre jours plus tard, mercredi, j'ai attaqué la confection des sarmas pour de bon. J'ai commencé par déplier les feuilles une par une et les faire tremper une bonne heure dans l'eau froide.

Je m'excuse pour la qualité de la photo: il faisait sombre dans la cuisine.

Ensuite:
J'ai enfermé les chats.
Mis mon tablier.
Lavé mes mains.
Respiré un bon coup.
Et j'ai attaqué.

La suite dans le prochain épisode.




8 commentaires:

  1. tu as mis le tablier que je t'ai fait ? fallait bien ça ! je comprends pourquoi vous n'étiez pas avec nous au déjeuner des blogueurs, mais connaissant tes talents de cuisinière je suis sure que tu t'en ai sorti haut la main !

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    1. Ah non! Sacrilège! Je l'ai en revanche utilisé le jour J, quand j'ai servi les sarma à table. Là, tes petits écureuils ont trôné en majesté. Oui, c'est exactement pour ça que nous avons été forcés de vous fausser compagnie. C'était impossible de combiner Slava et déjeuner de blogueurs. Si je m'en suis sortie? Héhé...Attends le deuxième épisode (suspens).

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  2. Joli billet fort appétissant, avec juste ce qu'il faut d'humour à serbe... :-)
    On attend la suite, en espérant qu'on pourra y trouver la recette.
    En tout cas je vous envoie mille bisous depuis mes sommets très très enneigés, ainsi que tous mes bons vœux pour la nouvelle année.

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    1. Merci Koltchak, pour tes compliments et pour tes voeux. Oui, bien sûr, je donnerai la recette.
      Je rêve de tes sommets enneigés, du calme feutré et de l'odeur particulière de neige de de feu de bois qui va avec. Je te souhaite également une belle année nouvelle et j'espère avoir le plaisir de te revoir bientôt.

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  3. Miam miam, ce dit le chat.... ça m'a l'air fort bon... le problème, c'est que internet ne permet pas encore de partager ces mets délicieux...
    En attendant la suite, je te souhaite une très bonne nouvelle année ainsi qu'à toute ta famille (celle de Normandie, de Champagne et de Serbie ;-) )

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    1. Bonne année chat! Seule solution, te faire inviter à une slava ;)
      La suite arrive.

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  4. Quand on dit que femmes font et défont les maisons, en voilà la preuve parfaite ! Je n'ose imaginer le charroi de malheurs en cas de sarmas éclatés dans la sauce ou PIRE...le plateau qui t'échappe des mains au moment où les sarmas sont présentés à la famille et aux amis béats d'admiration. Les Dieux te bénissent le matin et te maudissent le soir.

    J'ai également vu des pains sculptés : des splendeurs de musée.

    Bon, le Saint Patron a été honoré comme il se devait, c'est le principal et tout le monde a été baigné par sa bénéfique protection...pour une année.



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    1. Argh! Les sarmas éclatées, c'est le CAUCHEMAR absolu. Le cataclysme! L'éruption de tous les volcans d'Islande réunis. C'est précisément ÇA qui me faisait peur. Je m'en vais de ce pas raconter la suite...

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